Textes choisis de Ivan Delouvée détenu longue peine

Hélas,

bien que l’existence formelle de la CEDH soit un signe incontestable et encourageant de progrès, les « limitations » tolérées  de certains droits pourtant aussi essentiels que naturels, montrent que notre société a encore beaucoup de chemin à parcourir, pour se libérer de ses névroses séculaires (héritées d’un catholicisme moyenâgeux) et redonner tout leur sens aux mots « liberté » et « dignité », c'est-à-dire se conformer réellement à la DUDH (Déclaration Universelle des Droits de l’Homme) paragraphes 1 et 2.

 

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Faisant aussi implicitement de la DUDH(CEDH) un élément de la constitution européenne, il deviendra ENFIN possible de faire supprimer des lois contredisant les Droits de l’Homme – comme dirait Montesquieu « ces mauvaises lois qui nuisent à la loi » - sans devoir recourir à la désobéissance civile (aux conséquences si pénibles). C’est une bonne chose, bienvenue car si longtemps attendue. Cela dit, s’il s’agit maintenant de partir de l’existant pour en corriger les errements, les requêtes vont être innombrables ! Il serait plus simple, efficace et sain d’en faire table rase et d’élaborer, à partir de la DUDH et des principes d’éthique nécessaires et évidents, une loi (un ensemble concis de principes immuables et suffisants) qui en découle… Puisqu’il faudra évoluer ou périr, l’oligarchie ploutocratique que nous subissons jusqu’à notre perte doit disparaître pour que renaisse une république démocratique aux dimensions – et aspirations humaines - . Après la révolution industrielle, la révolution spirituelle : pour que l’Homme ne soit plus un moyen mais redevienne une fin, dans le respect de sa nature et de ses droits fondamentaux. Cela nous ramène (et hop ! pirouette J ) à Spinoza (dans l’étude de l’éthique auquel j’ai fait une petite pause) et autres grands penseurs dont nous serions avisés de nous inspirer…

 

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Nul ne peut décider ce qu’il ressent ni contrôler ce qui le pousse à agir : ces phénomènes sont subconscients. Nul le peut en effet choisir ni ses émotions ni les objectifs de ses instincts : ce sont des comportements naturels que personne ne peut empêcher. Nous ne pouvons donc décider que sur la façon dont nous allons agir, pour ce dont seul notre volonté est consciente : là est la limite naturelle de notre libre arbitre ; et pourtant, la limite nécessaire de toute loi – ne serait il pas absurde de prétendre légiférer sur ce qui ne peut pas ne pas être ? (nul homme ne peut être tenu pour responsable de ce qu’il est, mais seulement , et dans certaines limites, de ce qu’il fait – conscience, choix possibles, intention et volonté dans cet ordre doivent être considérés). Chaque homme est unique. Les hommes ont des points en commun, et des différences qui font la richesse de l’humanité, et ils naissent libres et égaux en dignité et en droit. La liberté d’autodétermination, et l’égale dignité des choix d’organisation sociale et de nos modes de vie. Le droit au respect de son intégrité, et le droit à la recherche du bonheur.

Le « mal » c’est de causer volontairement la souffrance d’autrui, et nul ne saurait se permettre d’attenter à dessein à l’intégrité d’une personne. Ainsi (et seulement ainsi) chaque homme doit être libre de faire ce qu’il « veut » tant qu’il ne fait pas de « mal » à personne. Et nul ne peut juger pour autrui de ce qui est bien ou mal : cette appréciation reste le privilège des seules personnes directement concernées – là réside leur liberté – Autour de chaque homme il y a une famille – sa famille – dont il est par naissance et à vie un membre proche et indispensable, et qui est pour lui – et par nature – ce qu’il y a de plus sacré, de plus fondamentale/essentiel, au monde. Le respect de ces principes d’intégrité des personnes et de la liberté à l’autodétermination, commande le respect de la famille comme sanctuaire inviolable des libertés – car aucun homme n’est plus proche d’un autre qu’un membre de sa propre famille – plaçant celle-ci hors de toute juridiction sociale externe. Les affaires/décisions/choix/modes d’une famille sont par essence le domaine exclusif et privé de celle-ci ; sauf dans le cas exceptionnel où, devant l’impossibilité constatée de résoudre un différent interne, un membre de ladite famille aurait explicitement recours à l’arbitrage de la loi.

La société doit être une fédération de familles : la loi fixant les règles d’interaction entre les familles, chacune restant souveraine en son sein. Et quand elle est invoquée pour arbitrer un différent familiale, la loi doit se limiter au respect de ces principes d’éthique. La société ne doit pas exiger la dilution de la cellule, privée, familiale dans le domaine public, car cela entrainera inexorablement l’aliénation de sa liberté fondamentale – en violation de ces principes – et portant sa simple destruction. Et il en va de même avec le Monde, qui doit être une fédération de sociétés, chacune restant souveraine en son sein.

[Souffrance : état désagréable de stress psychique provoqué par un phénomène physique et/ou psychologique]

 

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Préambule

En tant qu'espace public d'expression, un forum est le lieu idéal de partage de l'information, propice à susciter la réflexion, et par la discussion l'échange.
Mais il n'est ni un confessionnal ni le lieu de la révélation (inter) personnelle, par essence privée; et il importe de ne pas mélanger les sujets - de ne pas confondre - pour préserver la cohérence, et l'utilité, de la discussion.
Soyez néanmoins assurés que le travail qui devait être mené a été fait, et que ceux qui devaient entendre ont entendu (et peut être même écouté).
Votre soucis du bien être des victimes est tout à fait louable; soyez sûrs que je le partage.
Il serait absurde d'opposer les droits des victimes et les droits des détenus : ils ne sont aucunement incompatibles, et tous doivent être respectés ! D'ailleurs, au delà des quelques spécificités conjoncturelles, contingentes et temporaires, les uns et les autres ont, indistinctement en tant qu'êtres humains, des droits nécessaires et imprescriptibles : les mêmes.
Enfin, violer les droits d'une personne ne contribue en rien à restaurer ceux d'une autre - "two wrongs don't make a right".
Parce qu'elle oblitère la lucidité nécessaire à la sagesse, la passion - même bien intentionnée - n'est jamais bonne conseillère. Car n'est acceptable par l'esprit sensé que ce qui découle d'un raisonnement logique et correct, basé sur des connaissances tangibles et vérifiables : seule cette légitimité fonde la recevabilité. 


Choc carcéral : une souffrance nécessaire ?

  • « La prison, le plus dur c’est les 30 premières années, après on s’habitue vite »

Avez-vous déjà observé un lion que l’on vient de mettre dans une cage au zoo ? Il arpente avec frénésie son nouveau domaine, dont les limites si étroites insupportent jusqu’au plus basique de ses instincts ; puis un jour fatalement, il cesse et se couche, et l’on peut voir dans ses yeux, que le feu vital a désormais déserté, la froide ténèbre de la résignation : son corps n’attend plus rien que la mort, délaissé par une âme déjà défunte.

Cette souffrance que l’animal ressent, l’homme la ressent aussi ; mais l’homme est plus qu’un animal : il possède une dimension psychologique bien plus vaste et sensible. Ainsi aux souffrances animales s’ajoutent les souffrances psychiques : l’incompréhension, l’ignorance, le mépris, le rejet, la honte, la haine reçue, …, et le sentiment d’impuissance face à la surdité perverse d’un système brutal. Avec la disparition des repères et le désir de sa dignité vient la disparition de l’espoir, la perte d’avenir : la destruction du présent et la négation du futur. Privé de bien d’avantage que la seule liberté de mouvement, déresponsabilisé à outrance, soumis sans issue à un système sécuritaire, il est dépouillé de son talent d’homme (et souvent révèle alors à quel point il est aussi un animal, et la prison un zoo).

 

Comment s’étonner alors que les plus fragiles, les plus instables, les moins optimistes, ne voient plus d’autre issue que de céder à l’autodestruction ainsi induite, en commettant l’irréparable ?

  • « Il n’y a pas de justice dans le système judiciaire, il n’y a que la loi. La justice vient du cœur »

Certes, faire souffrir qui a fait souffrir peut s’avérer utile pour forcer la nécessaire prise de conscience ; mais rien de plus.

La constitution Française (DDCH, 1789 – I & II ) pose la liberté comme « droit naturel et imprescriptible de l’homme » : lors, en s’autorisant à avoir recours à l’enfermement la société légalise, institutionnalise cette violation du droit naturel. I.Asimov dit « la violence est le dernier refuge des incompétents » ; force est de constater que la prison, ultime violence institutionnelle, est le plus criant symptôme de l’incompétence de notre société : la récidive est d’ailleurs (avec le nombre toujours en hausse des détenus) une preuve manifeste de l’échec de cette institution en particulier et de la société en général – mais on ne peut pas exiger d’un homme qu’on traite comme un animal qu’il se sente capable de devenir un meilleur homme. La prison est en l’état, stérile et délétère.

Même sas pathos, il est clair que l’emprisonnement EST un traitement inhumain et cruel, humiliant et dégradant qui provoque la souffrance… tant pour les détenus que pour leurs proches ; Les Droits de l’Homme (CEDH art.3 et DUDH art.5) imposent qu’un tel traitement soit – sinon aboli – au moins limité au maximum, ce qui d’ailleurs va dans le même sens que CF/DH art.15 (1793) : « La loi ne doit décerner que des peines strictement et évidemment nécessaires : les peines doivent être proportionnées au délit et utiles à la société »

 

La prison : comme service d’utilité  publique

(Ranger officiellement l’administration pénitentiaire dans la  catégorie « service publique » peut faire sourire. Mais cela permet surtout de lui appliquer sans ambigüité l’article 71-1 de la CF (le défenseur des droits)…)

  • « Qui lutte avec des monstres doit veiller à ne pas devenir un monstre lui-même » -Nietzsche

Punir pour punir n’est que vengeance, c'est-à-dire violence gratuite. Il est certes difficile, parfois, de ne pas succomber au désir de vengeance ; mais si laisser prendre, c’est abdiquer de sa dignité d’homme civilisé, se ravilir au niveau de cela même que l’on condamne. Si la prison n’est que vengeance, rien ne sert de dépenser temps et argent à entretenir un système judiciaire : il suffit de laisser les individus appliquer eux même la loi du Talion.

Mais si la société se dote d’un système judiciaire c’est pour que celui-ci réalise, dans sa fonction, ce qu’un simple individu ne pourrait faire : la justice ayant alors pour mission de déterminer, d’implémenter et de contrôler les méthodes et moyens destinés à ramener les citoyens égarés dans la raison sociale et compenser au mieux les dommages causés. La peine infligée doit alors être « strictement nécessaire et utile » selon cet objectif, qu’en outre le système pénitencier doit conçu pour permettre d’atteindre.

Les victimes seront indemnisées, et au besoin soutenues, secondées ; les biens restaurés. Mais qu’en est-il du citoyen fautif ? Considéré comme dangereux pour la société, il est détenu afin de permettre

  1. Une prise de conscience, condition sine qua non aux efforts qu’il doit entreprendre pour réaliser.
  2. Un profond travail personnel, accompagné et facilité par l’AP, en vue de sa rééducation ; son évolution faisant alors l’objet d’une évaluation continue visant à diriger son évolution en vue de sa libération une fois l’objectif atteint. Son profil psychologique doit être pris en considération tout au long de ce processus.

Au vu des articles des DH, on pourrait argumenter sur l’anticonstitutionnalité de l’emprisonnement… Quoiqu’il en soit, l’article 66 de la CF affirme que « nul ne peut être arbitrairement détenu. L’autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi » ; et qu’y a-t-il de plus arbitraire que la dictature d’un calendrier ? Les « peines à temps » apparaissent alors comme absurdes car inadéquates : la « nécessité » et « l’utilité » doivent logiquement être régulièrement confirmées ; et la détention cesser dés qu’est atteint l’objectif de réinsérabilité du sujet.

Postambule : culture et avenir

  • « Le pain et l’éducation sont les deux premiers besoins d’un peuple » D. Diderot

Les anciens nous ont légué un patrimoine culturel riche de connaissances et de sagesse : Spinoza, Nietzsche, Rousseau, Bergson, Platon, Locke, Tocqueville, Montesquieu, Einstein, Freud, Rank, Marx, Stuart Hill, Foucault, Walsh ; visitez les bibliothèques, lisez et soyez inspirés ! Et les autres sociétés, actuelles comme passées, nous servent maints exemples à méditer : soyons humbles, méditons … la sagesse est à ce « prix ».

  • « Ceux qui cherchent le droit chemin de la vérité ne doivent s’occuper d’aucun objet dont ils ne puissent avoir une certitude égale à celle des démonstrations de l’arithmétique » R. Descartes

(Les progrès récents des neurosciences cognitives éclairent d’une lumière nouvelle notre connaissance de la nature humaine, complétant et précisant encore notre perception de l’éthique, en renouvelant la réflexion voire les principes).

Trop souvent la loi se borne à interdire impulsivement ce qui n’est réellement que le symptôme final d’une cause première plus profonde, à savoir un dysfonctionnement social que nos névroses nous poussent à ne pas reconnaitre « toute société à la criminalité qu’elle engendre » Il en découle une radicalisation progressive mais inexorable, une inflation législative ; une dérive liberticide qui nuit à tous.

Concilier le bonheur et la paix de tous avec le respect de nos libertés individuelles et de notre dignité humaine nécessite clairement une réflexion à long terme sur les choix fondamentaux de notre société : un questionnement lucide pour des choix éduqués. Notre progrès dépendra de cet effort ; car la civilisation ne se fait pas sans intelligence, et la pérennité ne s’obtient pas sans sagesse.

« La peur est votre seul ennemi » F.D. Roosevelt 

 

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