Témoignages de détenus et ex détenus

Banni : écarté, supprimé de la société.

 Voilà une définition qui résume en un mot la situation de nombreux ex-détenus, aujourd’hui en France, en 2010.

 Après avoir purgé une peine dans un pénitencier, un centre où l’on vous enferme pour réparer vos fautes et expier vos péchés, vous êtes censé, au regard de la société et de vos contemporains, avoir payé votre dette, soldé votre compte délinquant, et, être autorisé à reprendre une vie normale.

 « Tout le monde à le droit de changer » disait Victor Hugo, or, de nombreux témoignages d’ex-détenus (même ce mot ne devrait pas exister) expriment un sentiment général de rejet de l’autre, celui qui se dit être « blanc comme neige », et subissent chaque jour, même 10 ou 20 ans après leur libération, des remarques discriminatoires, empreintes de culpabilisation. On leur rappelle sans cesse leur passé carcéral, comme si cela était une tare ou un symbole d’infériorité ou de faiblesse humaine. Pire encore, on leur fait bien ressentir que quoi qu’ils fassent, ce seront eux les premiers suspects, et se justifier est souvent pris pour une menace ou du harcèlement.

 Alors, avons-nous réellement nos chances d’être oublié ou devons-nous nous résoudre à faire pénitence jusqu’à la fin de nos jours sous la vindicte éternelle ?

 Je ne m’étais jamais posé la question jusque-là, trop imprégné par ma vie de « bandit », mais le témoignage de mon ami Milko m’a ouvert les yeux et, aujourd’hui, la question me fait face et s’impose à mon esprit : dois-je accepter de subir, un jour, ce type de provocation, même réhabilité par la société, pour pouvoir me reconstruire une nouvelle vie professionnelle et une famille ? Je m’oblige à croire que oui ! J’ai déjà trop donné de moi à la voyoucratie, j’ai laissé trop d’empreintes derrière les barreaux et mes démons me poursuivront jusqu’à la tombe. Il est temps de tourner la page, c’est ma volonté, mais encore faudra t’il qu’on me laisse cette perspective car aurai-je la force de garder mon poing dans la poche et d’obéir à d’autres règles, celles d’une société vivant à la lumière de tous ?

 En tout cas, j’ai tout mis en œuvre en ce sens et suis fier aujourd’hui d’être entouré de gens qui m’ont fait découvrir le côté pile de la vie, qui m’ont ouvert les yeux sur le vrai sens de l’amitié, celle qui ne vous tire pas dans le dos, et qui me font confiance. Sans eux, et une en particulier, mon existence aurait reprise là où elle s’était arrêtée un jour de 2007, en Bosnie, lorsque Interpol m’a interpellé. 

 Je me donne l’opportunité de me « réinsérer » dans la société civile mais encore faut-il que cette idée soit partagée par d’autres. Et si ce n’est pas à leur goût ? Ils devront faire avec, c’est tout ! Car oui, je vais quand même tenter ce virage à 180°, je le prends comme un combat, et tant pis pour celui qui m’insultera ou me discriminera, j’ai connu pire et plus violent. Et puis, en fin de compte, lequel des deux aura le plus de chance de son côté ? En relativisant, ce sera lui qui aura de la chance de me donner cette chance, celle de rentrer chez lui sans avoir les deux jambes brisées ou sans le cul plombé de 9mm. Laissons donc le passé de chacun dans l’oubli et vivons simplement ensemble, en toute fraternité….humaine !

Michel SERCEAU-FILIPPEDDU 

 

PRISON SANS AME NI CONSCIENCE 

Ce week-end, un détenu a succombé à la suite de coups violents portés lors d’un affrontement entre plusieurs individus.

Encore une fois, la prison, où la société enferme les gens pour se protéger de leur violence délictuelle ou criminelle pour les rééduquer, pour leur « réinsertion » et où le système est censé faire preuve de sauvegarde de l’être humain, est encore un échec.

Il ne s’agît pas là de jeter la faute sur tel ou tel comportement des uns et des autres mais de plutôt analyser les causes directes et indirectes avant leurs conséquences, de porter un regard depuis l’intérieur ; ni d’un texte moralisateur, étant moi-même pas totalement blanc-bleu.

Mais force est de constater, et cela ne vaut que de ma parole de détenu, un « ancien » dans le jargon taulard, que depuis plusieurs années, la politique judiciaire dans le domaine carcéral (l’Administration Pénitentiaire dépend directement des directives législatives du Ministère de la Justice), de part des privatisations continuelles des divers services gérés autrefois par l’Administration  Pénitentiaire, a laissé place à une politique de sécurité des « biens » au lieu de celle des personnes. En ce sens qu’elle a perdu tout contrôle sur la gestion du détenu, comme être humain, pour une gestion d’écrou, des murs et des barbelés. Les services sociaux, de probation, médicaux et scolaires ne communiquent plus entre eux, comme de vrais étrangers. Ce n’est plus le patron qui dirige mais des patrons se connaissant à peine. Le divorce est prononcé pour limiter les frais ; le côté « face » pernicieuse pour une application plus juste des RPE sans rogner le budget. Difficile dans ce cas de définir les besoins de chacun des détenus à titre individuel, socialo-médico-judiciairement parlant.

Elle est loin, aussi, l’époque où les catégories de détenus, selon le profil des dossiers, étaient affectés dans les mêmes ailes d’un bâtiment, dans des sections « réservées ». Aujourd’hui, tout le monde se mélange aux uns aux autres, en toute liberté intra-muros et cela conduit forcément à des clashs violents, des rackets, des dominations, des coteries et à un homicide, dimanche, par lynchage. Et demain, des pendaisons publiques en cours de promenade ?

A cela, l’A.P répond par une répression immédiate sans autres procédures en amont pouvant amener à conclure que la tension se ressentait. La création, il y a quelques années, du GROUPE ERIS en est la preuve et son moyen légal d’intervenir en interne en tenue de combat, façon GIGN. Difficile de me faire admettre que ce genre de moyen est dissuasif lorsque l’on sait que, par exemple d’actualité, que même les cars de CRS ne le sont pas dans les cités. Bien au contraire, ils « encouragent » à la haine, à la violence et à la vengeance. La prison est vraisemblablement la seule cité de non-droit, l’expression d’une réalité extérieure.

L’autre raison imputable aux causes de tant de violence, ce sont les mentalités corporatives du détenu qui se sont dégradées et pour ainsi dire éteintes au fil du temps, au grand désarroi de toutes les autres parties. Les voyous, les vrais avec leur mental, sont en voie de disparition, place aux délinquants sans morale, ni mental. Aujourd’hui, l’effet de groupe prédomine ; le voyou n’est plus « un » mais un amalgame hétéroclite de délinquances diverses où chaque élément constitutif peut se perdre, cacher sa personnalité derrière les autres, la masse, de manière à lui éviter des désagréments ou que l’on s’attarde trop sur son propre dossier, sur le réel motif de son incarcération. Tant qu’il suit la vague, il fait partie de la caste, on ne se pose pas de questions. Et ne me parlez pas de fraternité communautaire ! C’est fini l’époque du soutien traditionnel entre membre d’une même communauté. Aujourd’hui, la coutume c’est un prêté pour un rendu, avec intérêt d’usure. Si t’as besoin de rien, demandes, sinon sors les cantines !

La règle actuelle est la pratique de la soumission par la domination, le harcèlement moral, des plus faibles….  « faible » parce que seul, par choix ou pas. On accepte facilement de son pote des « ouêch bâtard » pour se dire bonjour, mais venant d’un autre, d’un proscrit, c’est une réelle déclaration de guerre, tout comme le fait de refuser de prêter son briquet ou de jeter une gamelle sous une fenêtre.

L’effet de groupe l’emporte aussi dans les règlements de compte. Fini le tête à tête entre bonhommes, nous sommes à l’ère du 10 contre 1, au minimum 2 contre 1, en guet-apens !

Maintenant, prenez cela, mettez le tout dans un shaker et voyer le goût, je vous en donne la couleur : une famille endeuillée pleure aujourd’hui un enfant, un fils, un frère, un père, un mari, puni par la justice et guillotiné par les « siens » !

Je compatis sincèrement à la douleur de cette famille qui n’aura plus la joie de revoir son enfant le sourire aux lèvres, le jour de sa libération, franchissant les portes de la liberté !

Le 11 Août 2010,

Michel SERCEAU-FILIPPEDDU

 

Je suis en prison depuis 13 mois.
"Pour moi, l'une des choses les plus dures a été l'attente, lorsqu'on demande quelque chose à un surveillant en début d'après-midi et qu'il te fait attendre la fin de journée pour daigner répondre, enfin lorsqu'il voulait bien le faire.
Nous sommes quand même en 2010 et il y a certains bâtiments qui n'ont pas d'eau chaude, des vitres cassées, un sanitaire au vu de tous.
Il y a aussi eu le fait que 3 jours avant ma libération, on m'a fait tombé 2 mois de sursis que j'avais pour une autre affaire et je ne suis pas le seul dans ce cas là, cela arrive toutes les semaines.
Quant à l'intimité dans les parloirs, elle n'existe pas, on ne peut même pas prendre sa femme dans ses bras, ne pas dépasser la table en bois que l'on ose à peine toucher vu l'hygiène des lieux, des tables qui sont normalement interdite selon la loi européenne.
En ce qui concerne les cantines, il faut savoir qu'ils se permettent d'appliquer des prix exorbitants et cela sur des produits de 1er prix."

 

R. Détenu

 

La prison ? quelques souvenirs 

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