Notre vision de la prison, NOUS femmes de détenus

La prison…

Vaste sujet, grosses ignorances et histoires invraisemblables, voilà comment nous pouvons traduire cela.

Un jour elle vous touche, vous ne savez ni pourquoi ni comment, mais elle devient omniprésente dans votre quotidien, vous mangez prison, vous parlez prison vous dormez et rêvez prison. Elle vous obsède au plus haut point.

Elle est arrivée chez moi en mars 2006, sans que je ne m’y attende « madame Delouvée votre mari est en garde à vue, il va être incarcéré », vous vous prenez une grande claque en pleine figure, vous pleurez encore et encore, pour reprendre vos esprits une paire d’heures plus tard et vous demander ce que vous avez bien pu faire au bon Dieu pour avoir méritez cela.

VOUS ? Rien, votre mari ? TOUT

Là commence notre chemin de croix, les papiers, les avocats, tout à gérer seule, alors qu’avant il était là…

L’enquête, le refus de communication avec votre mari, qu’on vous oblige à supporter : « NON madame vous avez interdiction jusqu’au procès de voir, de parler ou encore d’écrire à votre mari », vous vous demandez pourquoi, ne comprenez pas tout ce que l’on vous explique, car forcément la justice et les lois ce n’est pas votre fort, ce que vous en savez vous l’avez appris par les faits divers et les films à la télévision, la LOI la VRAIE, vous ne la connaissez pas, personne d’ailleurs pour vous expliquer quoi que se soit, les avocats bagatelle, ils ne vous disent rien, ne savent ou ne veulent pas vous dire qu’ils savent. Bref le néant total, vous vous retrouvez seule, la famille partie en fumée, les amis inexistants, quand vous avez le malheur de leur parler, ils vous font bien comprendre que dorénavant vous n’êtes « qu’une femme de détenu »…..

Femme de détenu, voilà désormais notre nouveau grade au sein de la société….on vous traite avec dédain, on vous méprise (on ne sait pas le crime qu’a fait votre mari mais ce n’est pas grave, on le considère comme tueur en série au plus haut degré).

Le procès arrive, alors là, c’est du grand n’importe quoi, les juges, le procureur, les jurés, tout ce beau monde est à mettre dans le même panier, celui de l’imbécilité… il y va de la vie d’un homme et la plupart des jurés dorment sur leur chaise en plein procès, plus d’une fois vous avez envie de leur hurler « debout là dedans », mais non pas le droit, toujours et encore le droit … la sentence tombe « 15ans ferme », là vous vous effondrez sur votre siège et pleurez encore et encore (oui les pleurs font partis intégrante de la femme de détenu tout au long de son calvaire).

Vient au bout de 2ans, de bons et loyaux services sans n’avoir pu communiquer avec votre mari, votre permis de visite, Oh grand bonheur, grande Joie, je vous rassure, seulement de courte durée, car là, vient la rencontre avec la prison !!!!! Lieu d’horreur, de puanteur, de cafard, de rat qui se baladent dans les parloirs (oui oui Fresnes c’est tout ça ensemble). Mais bon quelle joie de retrouver votre mari, de le serrer dans vos bras et de lui faire des bisous (pas trop les surveillants guettent !!! ), là rebelote, les pleurs encore et toujours, les pleurs de joie, mais aussi les pleurs d’horreur, comment peut on enfermer un homme dans des conditions pareilles, car si les parloirs sont aussi dégueulasses (désolé du terme mais le mot est encore trop faible pour exprimer tout cela) les cellules doivent être dans le même état, et effectivement renseignement pris auprès de votre mari, les cellules sont idem, la bouffe infecte et froide, pas d’eau chaude dans les cellules, le chauffage laisse à désirer, les douches hummmm grand moment de bonheur 2 fois par semaine (pas plus car ils risqueraient de se plaindre de bénéficier de trop d’hygiène), la santé il faut en avoir une bonne et solide, car au moindre signe et bien …. Kedal….AH SI du DOLIPRANE, médicament miracle qui soigne aussi bien les rhumes que les angines et les jambes cassées……et encore pour avoir ne serait ce qu’un cachet de doliprane, il faut prévoir le lundi que vous allez tomber malade le samedi, si vous n’avez pas de boule de cristal pour prévoir cela, et bien vous n’avez plus qu’à attendre que le mal passe (ou vous faire ramener en douce de l’efferalgant lyoc par votre femme au parloir).

Et oui, la prison c’est tout cela et bien plus encore, notamment une chose qui facilite la réinsertion, la JAP (juge d’application des peines), alors là aussi grand moment de bonheur, charmante femme au premier abord -_- seulement aux abords bien sur …. La réinsertion je ne pense pas que ce mot soit inscrit dans son vocabulaire, sabrant au fil des ans les crédits de report de peine supplémentaire (CRPS) sous des prétextes bidons et erronés.

Bref vous voyez, c’est tout cela la prison, et bien plus encore, un grand moment de joie et de bonheur, vous diront les gens bien intentionnés, qui pensent pour la plupart que les détenus sont confinés dans un complexe style « Club Med », avec activités gratuites (là aussi c’est faux car des cotisations sont demandées aux détenus, pour certaines d’entres elles), bouffe à volonté, douche tout les jours, télévision gratuites, le pied quoi …..

Emmanuelle Delouvée femme de détenu longue peine.

 

 

Bonjour
moi je viens vous dire mon ressentie par rapport à la prison,

je suis femme de détenu et l'incarcération de mon homme n’est pas facile à vivre tous les jours, c’est un combat que l’on vit difficilement, en faite on ne vit pas, on survit.

De plus toutes les portes se ferment derrières nous, car nos hommes sont incarcérés.

Nous sommes jugées du fait de leur incarcération, nos enfants subissent les trajets, qui pour moi, personnellement représentent 440 kilomètres, ils subissent les parloirs qui ne sont pas trop hygiéniques pour des enfants, le regard des gens etc....
Moi je ne souhaite cela à personne, car l'incarcération d'un proche est très douloureuse et pas évidente aussi !!!!

 

N.B femme de détenu.

 

Dans l’incarcération de mon homme, le plus dur a été la séparation et surtout les 2 premiers mois car n’habitant pas ensemble au moment de l’entrée en prison, j’ai dû attendre 2 mois avant de pouvoir le voir et lui parler car la demande pour le téléphone est aussi longue. Ensuite, l’attente pour pouvoir se voir 35 à 40 min (car les 45 minutes ne sont jamais respectées) par semaine est difficile, on est dans un box dans un état pitoyable séparé par une table en bois. Et, je ne parle même pas du quotidien seul à la maison, les factures et tout le reste qui continue à arriver et la famille étant loin ne pouvait pas me soutenir de son mieux.

 

V.femme de détenu

 

Pour répondre à ta demande, ce que représente pour moi la prison :

Un univers, noir, sombre, glacial, sale et puant ou se mélange misère, violence, folie et souffrance.
Un endroit où l'on emprisonne tous ceux qui dérangent et dont la Société ne sait pas ou plus quoi faire. Inconsciente, défaillante, elle n'a jamais prévu les structures nécessaires pour accueillir, ses malades mentaux, ses toxicos, ses violeurs, toutes ces personnes qui ont besoin de soins et que l'on colle en prison en espérant qu'elles en sortiront guéries, par la bonté de St Eprit, et le doliprane fournit par l'UCSA peut-être......? La prison est un lieu, criminogène, pathogène, ou chaque jour est un combat pour rester sain, de corps et d'esprit. Ou les détenus sont considérés comme des n°, que l'on s'acharne à briser, à qui l'on essaie de retirer toute dignité, que l'on traite sans humanité. Ils doivent payer, le prix fort, quelque soit leurs actes, afin d'assouvir la vindicte populaire, mais les gens ont oubliés une chose, un jour ou l'autre, ils seront libérés, devront se réinsérer, est ce seulement possible après avoir été traités comme des animaux, pour certains des décennies durant ? Je salue haut et fort ceux qui réussiront cet exploit, qui parviendront à se dépasser, à se relever après avoir subit et résister à ce qu'est la case prison. Tout le monde a le droit de changer, encore faut il leur en donner une chance, la possibilité.

 

N. Femme de détenu.

 

Témoignage d'une femme d'ex détenu


Mon mari a été condamné à 18 ans de prison, il en a effectués 13.
Il est sorti à l'heure actuelle mais malgré que je ne cautionne en aucun cas la raison qui l'a mené en prison, je trouve que l'administration est dure envers nous, familles de détenus!

Pourquoi priver un homme de permissions lorsqu'il est en droit d'en obtenir et qu'il se comporte correctement en prison?
Pourquoi priver des enfants d'avoir leur père quelques jours à la maison quand l'enquête préliminaire écrit un rapport positif sur la famille et l'entourage?

Pourquoi lorsqu'une femme accompagnée d'un nourrisson, arrivant 15 minutes trop tard pour l'heure du parloir parce qu'elle s'est perdue sur la route se voit refuser le droit de voir son mari alors qu'elle vient de faire 500 km!
Je sais que l'heure doit être respectée mais quand même!

Ce jour là je suis rentrée en larmes chez moi sans avoir pu le voir alors que c'était notre premier parloir!
On lui a juste dit "parloir annulé" sans même lui expliquer pourquoi!
Il a du attendre que je lui écrive pour savoir.
A propos de courrier, combien de lettres ne se sont pas envolées entre notre domicile et la prison, ou inversement?!

A propos des parloirs, je dirais que dans l'ensemble je n'ai jamais été trop déçue par la suite.
Endroits propres, convenables pour ceux que j'ai vus.
Les UVF manquent dans beaucoup d'établissements surtout pour les famille qui viennent de loin.
D'ailleurs, pourquoi devoir incarcérer un homme à des km de ses proches alors qu'il existe des établissements plus près?

Pourquoi les détenus doivent ils attendre des jours parfois avant de voir un médecin ou un dentiste quand ils en ont besoin?
Pourquoi les détenus qui ne s'entendent pas doivent être enfermés dans les mêmes cellules?

Mon mari a vu des cafards et autres insectes (puces) envahir les cellules voisines de la sienne, c’est intolérable!
Il a été transféré maintes fois et partout il a dû faire voir aux autres détenus qu'il ne se laisserait pas faire en cas de problèmes parce qu'à chaque fois il a été "testé" pour faire voir son caractère!
Où il se laissait racketter, taper dessus ou il se défendait et prenait du mitard!!
Certains surveillants sont gentils et respectent les détenus comme leur famille.
D'autres au parloir nous reçoivent sans même un bonjour alors que nous sommes quand même des êtres humains comme eux!

Pour en revenir aux conditions de détention, mon mari me dit souvent que les gens dehors ne s'imaginent pas tout ce qui se passe à l'intérieur!

Lorsqu'il est sorti définitivement il était perdu, il a eu du mal à se réhabituer à la vie de famille, à voir des inconnus dans les magasins, à reprendre des repères.
Sorti depuis quelques temps maintenant, il continue de parler de la prison tous les jours!!

Les prisons sont surpeuplées, il est normal de se retrouver à 4 personnes dans 9m carrés?
Enfermés 22h sur 24 avec des hommes avec qui on ne s’entend pas toujours?
Est-il normal de ne pas avoir la moindre intimité en cellule?

D'accord, si tous ces détenus n'avaient pas un jour commis une faute ils ne seraient pas en prison mais quand même, un être humain reste un être humain.
Il paye ses actes par une privation de liberté, pourquoi rajouter tout le reste à ça?

 

Femme d’ex détenu.

 

 

 

Les premiers jours

Il y a déjà ce choc, il est arrêté, en garde à vue.

D'abord une grande colère, c'est un fils, mon ainé, celui qui doit monter l'exemple. Puis

le chagrin, ces heures passées à la fenêtre à espérer, à attendre, des fois que cela serait

un cauchemar, qu'il va apparaître et me faire un signe.

Et ensuite les démarches pour obtenir un permis de visite, le tribunal est à 80

kilomètres. Et là, "aimable comme une porte de prison "prend tout son sens, on a

l'impression que nous sommes les coupables, pas un regard, pas un bonjour, une

indifférence, et quand enfin le préposé nous demande les papiers, il manque une

photocopie ou un document et ferme la vitre brutalement devant notre désarroi.

Nous revenons, les mêmes personnes, sans un regard, vingt minutes d'attente en étant

transparente, comme nous sommes "familles de détenus", on tremble de peur qu'elle

nous renvoie encore.

Puis, le premier samedi il faut apporter le linge, on ne connaît pas la liste, j'avais même

amené un oreiller, le gardien n'était vraiment pas ravi.

Le premier parloir, j'en ai encore les larmes aux yeux, l'appel, les petits n'avaient pas de

carte d'identité, appel du chef le livret de famille passera pour cette fois. Nous entrons

dans un hall avant le portique métallique, pour mettre ses affaires dans des casiers

tellement vieux qu'il n'en reste qu'une vingtaine en fonction.

Passage du portail qui se dérègle régulièrement où quand les chaussures sonnent, même

des tongs, on vous oblige à mettre des chaussons (aujourd'hui nous en avons à usage

unique). On nous enferme dans une salle d'attente pendant une quinzaine de minutes,

puis passage dans un sas, puis entrée dans les boxes. Les boxes sont d'une saleté

incroyable, des trous dans les murs, cinq centimètres de poussières noires sur les

aérations, les murs maculés de diverses substances organiques, une odeur nauséabondes

et ils mesurent 1.80 x 0.55, nous sommes quatre sur des tabourets en quinconce. L'été,

il y a si peu d'aération que les murs suintent d'humidité, on peut à peine respirer au bout

de trois quart d'heure. Mais nous pouvons le toucher, l'embrasser mais pendant une

demi-heure (depuis dix-huit mois c'est trois quart d'heures).

Nous récupérons le linge, la liste est précise et doit être respectée scrupuleusement,

depuis un an nous avons droit à passer des magazines ou des cd emballés. Et nous

retournons dans une salle, enfermés, pendant la fouille, durant trente à quarante

minutes, prisonniers avant qu'on nous libère.

Nous prenons les rendez vous des parloirs, à une borne automatique ou par téléphone

exceptionnellement (quand ils veulent bien répondre), plus de changement. Quand vous

faites l'erreur de vous tromper, c'est tant pis pour vous, à deux minutes près, vous

rentrez chez vous. Je suis à plus de 100 km de la MA et je n'ai pas pu le faire transférer,

quand on est en provisoire, et que le dossier en appel, le détenu ne fait pas partie de la

pénitentiaire, ni de la cour d'appel.

Le choc de l'incarcération, après, c'est la violence quotidienne, de chaque instant, au

sein de la prison. L'humiliation de certains gardiens, la semaine de son arrivée après

quatre jours de garde à vue, le gardien ne lui a pas ouvert pour la douche, c'était pour

lui donner une leçon ! Ils ont droit à trois douches par semaine. Ou pendant un parloir,

le jour de son anniversaire, ma fille avait amené un Ferrero, le gardien a surpris la

petite, a ouvert la porte et lui a dit "il est interdit de donner à manger aux détenus, sous

peine d'interdiction de parloir", la petite a beaucoup pleuré, nous étions outrés.

Les cellules sont dans un état de vétusté incroyable, problème d'écoulement des eaux,

cafards qui courent sur les murs (aujourd'hui, cela s'est amélioré). Elles sont grises, il

faut plusieurs litres d'eau de javel pour qu'elles soient gris clair. Une petite ouverture

avec barreaux et grillages, les premiers mois d'incarcération, sa vue s'est brouillée, je

lui amène régulièrement des compléments alimentaires, de la vitamine D, des huiles

essentielles (tout cela en cachette bien sur). La MA est en centre ville, donc pas

d'horizon, sa vue a beaucoup baissé aujourd'hui. Il ne faut pas être malade en prison,

(aujourd'hui cela s'est amélioré) mais les premières années on vous donne doliprane et

un sirop. Le dentiste, il l'a vu deux fois en quatre ans, ses dents de sagesse ont poussé, il

a fort mal mais il reste avec ses douleurs.

Le plus dur pour lui au début, c'était qu'il avait faim. Il avait vingt ans et la gamelle ne

suffit pas (et on ne parle pas de qualité). Son avocate m'a dit avoir pleuré en sortant

quand elle l'avait vu mangé du chocolat qu'elle avait apporté en cachette. La cantine est

très chère, (litre de lait à 1.2 €) les denrées fraiches, ils ont droit au jambon, poulet, la

DLC est de quatre jours, un vrai scandale. Aujourd'hui, il a deux cents euros par mois

pour cantiner, il doit faire attention, mais il ne maigrit pas. Sauf quand ils vont au

cachot, il a perdu quatre kilos.

Enfermé 22 heures sur 24, il est inscrit à l'école, au sport et au yoga, (ce qui lui permet

en outre de bénéficier de douches supplémentaires). Depuis quelques mois, il est seul

en cellule, il ne supportait plus d'être plusieurs, comme son comportement est correcte,

on le laisse seul.

Il faut parler aussi des psychologues, le SMPR est assez bien organisé, mais pour les

arrivants. Au début il a participé à des groupes de paroles, il a, une fois par semaine, vu

le psychologue, qui après trois ans ne se rappelait toujours pas qu'il avait un frère et une

sœur, il a arrêté. Manque de professionnalisme ou d'intérêt ? Beaucoup de psychotropes

sont distribués et c'est vraiment un scandale !

Au début de son incarcération, il disait qu'il était une sous-merde, aujourd'hui il dit

qu'on le juge animal, je vais le voir deux à trois fois par semaine, une fois avec ses

frères et sœurs, il en a besoin et nous aussi.

Pour finir, il ne peut pas travailler en qualité de détenu provisoire, il aurait aimé avoir

de la peinture pour repeindre sa cellule ou même les parloirs, c'est impossible.

En conclusion, la prison dans de telles conditions est insupportable, autant pour le

détenu que pour sa famille. La privation de liberté doit avoir un sens. Nous pouvons

faire tout le travail psychologique pour faire le cheminement du " comment et pourquoi

suis-je ici", et d'essayer d'y remédier, il est difficile, voire impossible (pour certains

détenus parce qu'ils n'ont pas de famille, pas de support) d'y arriver.

 

Maman de détenu.

 

Témoignage d une ex femme de détenu : 

Solitude, incompréhension, colère. 
Qu'est ce que j ai fait, moi, pour mériter ce traitement ? 
Pourquoi me regarde-on comme si j étais coupable moi aussi ? 
Ma seule faute est d aimer un détenu, de le soutenir du mieux possible pour qu'il supporte la détention, qu'il sorte dans de bonnes conditions afin qu'il ne récidive pas ! 
Et ca, je n'en ai pas le droit ? 

Tout est fait pour nous casser. 
Nos lettres sont lues, pas de cabines téléphoniques en maisons d arrêts, mais surtout un parloir de 45 minutes par semaine, partagé avec 14 autres familles, le tout entre 4 murs gris, sales, sentant la transpiration et le moisi. ca choque les premières fois ! Ou est le respect de l être humain ? 
En entrant aux parloirs, je pleurs de colère de savoir qu'on accepte ÇÀ... en sortant je pleurs de chagrin, de ne pas pouvoir ramener le père de mes filles a la maison. 

Vivre comme nous le faisons est extrêmement difficile. 
Le regard des autres, empli de pitié pour certains, de supériorité pour d autres, nous enfonce. 
Aucune aide, débrouillons nous. 
Et les questions des enfants... Comment expliquer à des petits qu'elles ne vont pas aller au parloir ? Que la dernière fois qu'elles y sont allées, elles n’ont pas dormi pendant 2 jours et que pendant 1 semaine, elles ont fait des cauchemars ? Comment leur dire de se contenter de lettres et de dessins pendant 1 an ? C est terrible que je sois obligée de priver mes filles de leur père alors qu'il serait si simple d'adapter une salle pour accueillir des enfants. 
Voila, moi, je ne comprends pas que nous, femmes et familles de détenus, nous ne soyons pas un peu aidées. Un soutien psychologique, une aide pour toutes les démarches administratives (vrai labyrinthe...). Nous, personne ne nous aide mais nous devons rester fortes jusqu'au bout. 
Moi mon épreuve a pris fin il y a 18 mois, mais j en garde encore des traces. C est encore difficile d'en parler. Il faut aider toutes celles qui en ont besoin, qui ont encore quelques mois ou quelques années à attendre. 


 AB. Ex femme de détenu

 

Bonjour à tous,

 En tant que femme de détenu, je remercie tout d'abord Emmanuelle du travail qu'elle a entrepris afin de tous nous soutenir dans le combat que nous menons.

 Bien que nos histoires soient différentes, les conséquences de l'incarcération d'un de nos proches nous plonge dans un autre univers, en marge d'une société dans laquelle nous n'y trouvons plus aucune place. Nous jonglons entre deux mondes bien différents et complètement incompatibles.

En plus du choc, de la douleur et le désarroi dans lequel nous atterrissons dans un fracas d'émotions, nous devons trouver la force de les surmonter et de comprendre ce qui se passe, ce qui va se passer et quelles démarches sont à effectuer dans cet univers carcéral afin d'être présent, de pouvoir soutenir nos proches.

Aucun mode d'emploi n'existe et aucune structure ne nous aide à concilier le drame qui nous touche. Rien ne nous prépare à ce vide, comment gérer le fait que nous devons continuer à assumer nos responsabilités quotidiennes habituelles en plus de celles que nos proches, incarcérés, sont dans l'impossibilité d'assumer. L'échine courbée, nous nous battons chaque jour, administrativement, humainement afin de pouvoir continuer à les soutenir, à les entourer de notre Amour et vice-versa.

Chaque jour, chaque minute, chaque seconde qui passe est une bataille. Si nos proches sont condamnés, la société dans laquelle nous vivons, nous condamne aussi et nous prive de notre liberté de les aimer, de les soutenir, de continuer notre vie de famille malgré les murs, les barreaux et la violence bien connue au sein des prisons. La nôtre, notre prison est peut-être plus luxueuse, moins violente, mais elle n'en reste pas moins une prison, sans barreaux...

Notre prison, elle se crée automatiquement, rejetée dans nos retranchements par les réactions humiliantes que nous affrontons au fur et à mesure des démarches que nous entreprenons pour survivre, car c'est bien le mot adéquat à notre situation et celle des détenus: SURVIVRE !!!

Combien de fois ai-je été confronté, comme nous toutes, à tous ces préjugés qui nous collent à la peau dès qu'on aborde l'incarcération d'un de nos proches que cela soit à des fins administratives, ou non, à des personnes sensées travaillées dans des structures pour aider les familles en difficulté. Malgré la douleur, et les humiliations, je n'ai cessé et ne cesserai de garder la tête haute, fière et de rassembler l'énergie du désespoir pour continuer à nous battre.

 Où mon mari et moi-même trouvons la force de se battre depuis bientôt 5 longues années et tout supporter ? Cela se résume en un mot: l'Amour.

 Je terminerai, en ces quelques mots:

 La plus grande punition pour un détenu est de lire dans les yeux de l'être aimé, de sa famille, la douleur que la situation engendre.

La plus grande punition pour un détenu est d'entendre, de comprendre à travers les mots de l'être aimé, de la famille que les cicatrices infligées par la situation ne s'estomperont jamais totalement.

La plus grande punition pour un détenu est de sentir, tactilement, dans quel état de fébrilité nous vivons. 

Qui peux sortir indemne, sans séquelles, sans traumatismes d'un milieu empli de violences physiques, psychologiques ? Personne !!! Et pourtant, ceux qui se mettent des œillères sur les conséquences de ce genre d'incarcération, sont les premiers à comprendre les mêmes séquelles, traumatismes pour toutes personnes ayant subis ces violences, non pas en prison, mais dans un contexte familial, professionnel, scolaire ou autre. La seule différence? Le lieu, la prison...

 

Une épouse qui continuera à se battre contre vents et marées!

 

 

MOI, FEMME DE DETENU LONGUE PEINE, MON RESSENTI, MA SOUFRANCE, CELLE DE MES ENFANTS…

La prison, ce mot évoque tellement de choses….

Avant de la toucher du doigt:

Punition, ils l’ont bien cherché, après tout c’est tout ce qu’ils méritent, ils savaient ce qu’ils faisaient! Et quelles en seraient les conséquences…. Faut pas qu’ils se plaignent ils ont la télé, et ils sont nourris logés!

Après l’avoir côtoyée de près, via l’homme de ma vie:

Bien que je ne cautionne pas ce qui l’a mené là, je sais que la prison n’est pas la solution adéquate, ce n’est qu’un business géant dont tout le monde profite sauf les familles de détenus et les détenus eux même…. 

Comment peut on se réinsérer dans la vie si on passe son temps dans un lieu où règne violence, trafic en tout genre, système D, mensonge, trahison, maladies, tristesse, haine, loi du plus fort, vengeance, suicide, racket , tous ces mots m’évoquent la mort, alors comment vouloir la vie après avoir vécu dans un lieu qui sent la mort à plein nez?

Nous, Femmes et Proches de détenus, devons subir cet enfermement à travers nos chers et tendres, si nous voulons conserver les liens familiaux, nos enfants n’ont pas le choix que de respirer cet atmosphère de mort puante à chaque visite, cet étouffement à chaque parloir, ce mal être perpétuel à chaque fois qu’on retourne à notre vie « chez nous » , dans l’attente de nouvelles fraîches et surtout bonnes, dans l’attente d’une libération, jugés nous aussi par notre entourage, ou bien par ceux qui ont le malheur de savoir pourquoi nous ne sommes jamais venus à l’école avec notre mari, le papa de nos enfants lui n’est jamais là pour les fêtes d’anniversaire, de Noël, et nous devons faire semblant d’être heureux, histoire de casser les mauvaises langues, nous n’avons pas lieu d’être  regardé de travers mais pourtant nous subissons la prison autant que notre protégé….

Nous avons le malheur de ne pas l’avoir laissé tomber, de ne pas le laisser crever dans cet univers morbide, là où ils sont juste censés être privés de liberté, si ils n’ont pas un minimum de soutien, (et encore!) c’est pire que la guillotine, la prison c’est la peine de mort autorisée, mais la mort à petit feu, car quelques soient les jours passés derrière les barreaux, elle devient indélébile, laisse un goût d’amertume et une marque au fer rouge qui bien sûr jamais ne s’estompera…; même une fois sortis,  cette mort restera vivante dans nos têtes et dans celle de nos enfants…..

La prison n’est pas la solution, la prison c’est à mes yeux la même chose que si on injectait directement dans les veines des détenus un cancer qui va les détruire à mesure de leur peine, et même après…. Elle installe la haine à vie, et cette haine s’épand comme la peste sur le monde, elle nous atteint forcément  nous aussi et atteindra nos enfants….

La prison n’est pas la solution, la prison détruit au lieu de reconstruire…. Les âmes qui s’y retrouvent ne peuvent pas changer en vue de tout ce à quoi elles doivent faire face, au contraire, elles s’enfoncent dans leur perception préliminaire de la vie, on n’y apprend rien en prison, juste à devenir plus malin encore, plus violent et plus méfiant….

La prison ne puni pas, la prison entraine à la récidive, elle améliore les idées à contrecarrer les lois, au lieu de les anéantir…..

Lorsque le monde aura compris tout ça, j’ose avoir l’espoir que des solutions adéquates seront enfin trouvées pour chaque cas, et que le business qui découle de l’enferment de nos hommes prendra fin……

L’espoir fait vivre dit on, alors longue vie à cette association NFD, qui peut être fera enfin bouger les choses et fera comprendre à nos politiciens qu’il est temps que les temps changent…..

 

SC Femme de détenu longue peine

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Commentaires (1)

1. Vanessa 11/06/2015

Si vous êtes à la recherche d'une opportunité de travail sur internet !
Que diriez-vous de recevoir un salaire chaque mois, à vie ?


Vous pouvez vous créer un revenu passif à vie simplement en publiant des livres sur Amazon, sans avoir à faire de publicité ou créer de site, car c’est Amazon qui s’occupe des ventes en lui versant une partie comme commission.
Vous pouvez générer des revenus réguliers et illimités, plus vous publiez d’ebooks plus vous gagnez. Voici le lien: http://revenumensuel.com/

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×