TEMOIGNAGES

LA PRISON

La prison…

Vaste sujet, grosses ignorances et histoires invraisemblables, voilà comment nouspouvons traduire cela.

Un jour elle vous touche, vous ne savez ni pourquoi ni comment, mais elle devientomniprésente dans votre quotidien, vous mangez prison, vous parlez prison vous dormez etrêvez prison. Elle vous obsède au plus haut point.

Elle est arrivée chez moi en mars 2006, sans que je ne m’y attende « madame Delouvée votremari est en garde à vue, il va être incarcéré », vous vous prenez une grande claque en pleinefigure, vous pleurez encore et encore, pour reprendre vos esprits une paire d’heures plus tardet vous demander ce que vous avez bien pu faire au bon Dieu pour avoir méritez cela.

VOUS ? Rien, votre mari ? TOUT

Là commence notre chemin de croix, les papiers, les avocats, tout à gérer seule, alors qu’avantil était là…

L’enquête, le refus de communication avec votre mari, qu’on vous oblige à supporter :« NON madame vous avez interdiction jusqu’au procès de voir, de parler ou encore d’écrire àvotre mari », vous vous demandez pourquoi, ne comprenez pas tout ce que l’on vousexplique, car forcément la justice et les lois ce n’est pas votre fort, ce que vous en savez vousl’avez appris par les faits divers et les films à la télévision, la LOI la VRAIE, vous ne laconnaissez pas, personne d’ailleurs pour vous expliquer quoi que se soit, les avocats bagatelle,ils ne vous disent rien, ne savent ou ne veulent pas vous dire qu’ils savent. Bref le néant total,vous vous retrouvez seule, la famille partie en fumée, les amis inexistants, quand vous avez lemalheur de leur parler, ils vous font bien comprendre que dorénavant vous n’êtes « qu’unefemme de détenu »…..

Femme de détenu, voilà désormais notre nouveau grade au sein de la société….on vous traiteavec dédain, on vous méprise (on ne sait pas le crime qu’a fait votre mari mais ce n’est pasgrave, on le considère comme tueur en série au plus haut degré).

Le procès arrive, alors là, c’est du grand n’importe quoi, les juges, le procureur, les jurés, toutce beau monde est à mettre dans le même panier, celui de l’imbécilité… il y va de la vie d’unhomme et la plupart des jurés dorment sur leur chaise en plein procès, plus d’une fois vousavez envie de leur hurler « debout là dedans », mais non pas le droit, toujours et encore ledroit … la sentence tombe « 15ans ferme », là vous vous effondrez sur votre siège et pleurezencore et encore (oui les pleurs font partis intégrante de la femme de détenu tout au long deson calvaire).

Vient au bout de 2ans, de bons et loyaux services sans n’avoir pu communiquer avec votremari, votre permis de visite, Oh grand bonheur, grande Joie, je vous rassure, seulement decourte durée, car là, vient la rencontre avec la prison !!!!! Lieu d’horreur, de puanteur, decafard, de rat qui se baladent dans les parloirs (oui oui Fresnes c’est tout ça ensemble). Maisbon quelle joie de retrouver votre mari, de le serrer dans vos bras et de lui faire des bisous(pas trop les surveillants guettent !!! ), là rebelote, les pleurs encore et toujours, les pleurs dejoie, mais aussi les pleurs d’horreur, comment peut on enfermer un homme dans desconditions pareilles, car si les parloirs sont aussi dégueulasses (désolé du terme mais le motest encore trop faible pour exprimer tout cela) les cellules doivent être dans le même état, eteffectivement renseignement pris auprès de votre mari, les cellules sont idem, la bouffeinfecte et froide, pas d’eau chaude dans les cellules, le chauffage laisse à désirer, les doucheshummmm grand moment de bonheur 2 fois par semaine (pas plus car ils risqueraient de seplaindre de bénéficier de trop d’hygiène), la santé il faut en avoir une bonne et solide, car aumoindre signe et bien …. Kedal….AH SI du DOLIPRANE, médicament miracle qui soigneaussi bien les rhumes que les angines et les jambes cassées……et encore pour avoir ne seraitce qu’un cachet de doliprane, il faut prévoir le lundi que vous allez tomber malade le samedi,si vous n’avez pas de boule de cristal pour prévoir cela, et bien vous n’avez plus qu’à attendreque le mal passe (ou vous faire ramener en douce de l’efferalgant lyoc par votre femme auparloir).

Et oui, la prison c’est tout cela et bien plus encore, notamment une chose qui facilite laréinsertion, la JAP (juge d’application des peines), alors là aussi grand moment de bonheur,charmante femme au premier abord -_- seulement aux abords bien sur …. La réinsertion je nepense pas que ce mot soit inscrit dans son vocabulaire, sabrant au fil des ans les crédits dereport de peine supplémentaire (CRPS) sous des prétextes bidons et erronés.

Bref vous voyez, c’est tout cela la prison, et bien plus encore, un grand moment de joie et debonheur, vous diront les gens bien intentionnés, qui pensent pour la plupart que les détenussont confinés dans un complexe style « Club Med », avec activités gratuites (là aussi c’estfaux car des cotisations sont demandées aux détenus, pour certaines d’entres elles), bouffe àvolonté, douche tout les jours, télévision gratuites, le pied quoi …..

Emmanuelle Delouvée femme de détenu longue peine.

Femmes de détenus: la double peine

Femmes de détenus: la double peine 

Au 1er octobre 2010, 61.142 personnes étaient écrouées dans les prisons françaises. Plus de 60.000 détenus, soit autant de familles concernées par l'incarcération d'un proche. Du fait de la population carcérale très majoritairement masculine (97% d'hommes), ce sont des mères et surtout des épouses qui doivent apprendre à vivre avec la prison, au quotidien, de l'autre côté des murs.

 

Deux ans, jour pour jour, après la sortie du documentaire "A côté" consacré aux proches des détenus de la maison d'arrêt de Rennes, nous avons rencontré sa réalisatrice Stéphane Mercurio. Elle revient sur ces "invisibles de la société, qui n'ont aucun espace pour dire quoi que ce soit".

 

Présidente de l'association "Nous femmes de détenus", Emmanuelle Delouvée est mariée à un détenu "longue peine", incarcéré depuis cinq ans. Elle témoigne : "il faut savoir qu'être femme de détenu, ça veut dire plus aucune vie sociale, plus de famille, plus d'amis". Nous avons également interrogé la sociologue Caroline Touraut, qui a notamment participé aux dernières enquêtes de l'Uframa auprès des familles et amis de personnes incarcérées, et la juriste Elsa Dujourdy, membre de l'Observatoire International des Prisons. Pour Caroline Touraut, la vie de proche de détenu "est toujours une expérience de rupture, de souffrance".

>> Ecoutez le reportage de Yann Thompson "Femmes de détenus : la double peine" (5'30).

 

Lettre de démission d'un docteur en milieu pénitentiaire

Lettre de démission d’un ancien médecin 

Je vous mets la lettre de démission (avec l’accord de Philippe Deharvengt) avec donc les explications qui font qu’il ne voulait plus rester en fonction en prison.

Pourquoi je démissionne. 
Par le Docteur Philippe Deharvengt
 
Publié le 08 mai 2000
 
Généraliste, le Docteur Philippe Deharvengt a été médecin chef à la maison d’arrêt de Périgueux depuis 1985 et médecin à l’unité médicale du centre de détention de Neuvic/L’Isle depuis 1995. Il a démissionné de ces deux fonctions le 31 décembre dernier.

Cette lettre ouverte a été publiée dans le "Généraliste" en Février 2000. Philippe Deharvengt nous a aimablement proposé ce billet virtuel. C’est d’autant plus intéressant que nous sommes des médecins exerçant dans le périmètre de ces établissements et que certains d’entre nous exercent ou ont exercé dans les mêmes établissements.

Lettre ouverte au Docteur Véronique Vasseur, 
médecin chef à la prison de la Santé.


La maison d’arrêt de Périgueux a été rénovée dans les années 1990/1993. Suppression des "communs", délocalisation des cuisines et de l’infirmerie dans des locaux rénovés et fonctionnels. 
Au plan médical, le passage de tutelle de la Pénitentiaire à l’administration hospitalière, fin 1994, avec la création de l’UCSA, s’est effectué sans heurts. A la différence de ce qui s’est passé ailleurs (et je crois savoir que ce fut le cas à la Santé), les personnels en place (dont moi-même) ont conservé leur poste. Ainsi, la transition s’est mieux passée avec l’administration pénitentiaire(...). Seul point négatif : l’hôpital est arrivé avec toute sa lourdeur administrative ; il est désormais beaucoup plus difficile de faire bouger les choses.

Les locaux de détention sont aujourd’hui dans un état moins sordide que ce que vous décrivez à la Santé ; les "communs" ont été supprimés, les cellules sont prévues pour deux (malheureusement, l’été dernier, il a fallu les aménager pour trois en ajoutant un matelas à même le sol, car l’effectif était de 120 à 130 %). Les cellules sont repeintes par roulement, de même que les douches qui, toutefois, sont encore rongées par le salpêtre et sont un foyer de dermatophytes.

Vous évoquez la violence et les agressions sexuelles ; en quinze ans, je n’ai connu qu’un seul cas : un débile léger déficient visuel fut torturé et sodomisé pendant plusieurs mois par son codétenu, sans pouvoir se plaindre ni consulter au médical car son tortionnaire le lui interdisait... C’est un maton qui donna l’alerte ; j’ai fait les constatations médico-légales.

Mais le vrai problème, qui est la cause de ma démission différée, c’est la dérive de la population pénale. L’administration pénitentiaire semble totalement impuissante à endiguer la montée de la violence ; les agressions verbales se multiplient, de même que les comportements arrogants ou irrévérencieux de la part d’une population analphabète et crétinisée par la drogue et la TV.

Il faut ajouter l’augmentation considérable depuis quelques années de la prévalence des psychotiques, dénoncée par le rapport Pradier, qui indique que lorsque le taux de 10 % est atteint ou dépassé (ce qui est le cas), la vie devient impossible pour les autres détenus, les agents de l’administration pénitentiaire et le personnel soignant. Tous ces jeunes paumés sont totalement inaccessibles à toute forme de discipline, de respect d’eux-mêmes et d’autrui, allergiques à toute forme de sociabilisations, rejetant toute forme de civisme ou de civilisation. Toute action de prévention ou de réinsertion vis-à-vis de cette population relève de la plus folle utopie. Seuls les politiques qui nous gouvernent peuvent avoir l’audace de sembler y croire, pour se donner bonne conscience.(...)

La vétusté n’explique pas tout. En voici la preuve :

Le centre de détention de Neuvic est un établissement ultramoderne. Il fait partie du Programme 13 000, issu de la loi Albin Chalandon, ancien garde des Sceaux. La particularité de ces établissements est que leur construction et leur fonctionnement sont concédés à des entreprises privées. C’est ainsi qu’à Neuvic, l’hébergement, la restauration, la blanchisserie, la production d’électricité, les ateliers de formation et de production, la maintenance et la santé sont concédés à la SIGES (Société d’investissement, de gestion et de services). Tout y est automatisé : les détenus disposent de badges électroniques leur permettant d’accéder aux différents locaux autorisés dans le créneau horaire qui leur est imparti. Cet établissement est très récent, puisque mis en fonction vers 1993 ou 1994.

Et pourtant, sa réputation, tant au sein de la population pénale que chez les personnels, est épouvantable. Pour y avoir travaillé pendant presque cinq ans, je confirme. A quoi cela tient-il ? A la spécificité de la population pénale. Population composée en grande majorité de détenus condamnés à des peines de 2 à 5 ans par des tribunaux du Grand Sud-Ouest ; il s’agit pour beaucoup d’ILS (Infraction à la législation sur les stupéfiants), du fait de la situation géographique sur l’axe de la drug connexion Maroc/Pays-Bas. Etrangers en grande majorité, une véritable tour de Babel... Un melting pot où les cultures s’affrontent avec violence, mais où le consensus se crée contre les cultures occidentales. Du fait de l’automatisation et de la gestion informatisée des détenus, les rapports entre eux et les agents de l’administration pénitentiaire sont réduits à presque rien, d’où une déshumanisation totale. Les détenus sont livrés à eux-mêmes, contraints pour survivre de faire régner leur propre loi, qui est évidemment la loi du plus fort, de la violence et du racket.

N’ayant plus l’espoir de pouvoir changer en quoi que ce soit cette situation (...), j’ai démissionné au 31/12/1999.

Conclusion : d’après les textes et les discours officiels, la prison est censée avoir pour vocation la privation provisoire de liberté, ainsi que l’éducation et la réinsertion. Force est de constater que, de ces trois missions, seule la première est assurée. Les détenus sont censés sortir meilleurs de leur séjour en prison ; ils en sortent bien pires. Qui aurait aujourd’hui l’audace, la stupidité ou l’inconscience de nier l’effet criminogène de la vie carcérale ?

Faut-il créer de nouvelles prisons (programme 4 000 ?)

Oui, si c’est pour en fermer d’autres pour cause de vétusté. Mais il y a en France bien assez, voire beaucoup trop de places de détention. Car il y a beaucoup trop de détenus dans les prisons françaises. Si les juges respectaient, comme ils devraient le faire, la présomption d’innocence, s’il existait en France l’Habeas corpus Act, comme c’est le cas outre-Manche, le nombre de détentions préventives (parfois de plusieurs années) chuterait d’au moins 50 %. S’il existait des structures d’accueil et de soins adaptées pour les délinquants et les criminels psychotiques, les prisons seraient vidées de gens qui n’y ont pas leur place et empoisonnent la vie en détention.

Bravo, et bonne chance pour votre combat ; moi, je jette l’éponge.

 Docteur Philippe DEHARVENGT 

Avis d'un surveillant de prison

Avis d'un surveillant de prison

 

Tcho Emma,

Que te dire sur la taule helvète….  Qu’elle n’est pas insalubre, car on est en CH et en CH c’est toujours poutzé ! Yakalire Astérix en Helvétie !

Sinon que la prison ne soigne pas, ne guérit pas, elle contient et s’en contente. Que la prison est un peu la déchetterie de la société, lorsque les foyers d’accueil, de désintoxication, les hôpitaux psychiatriques ne peuvent plus ou ne veulent plus prendre en charge une personne faisant l’objet d’une mesure pénale et dont ils n’ont pas l’organisation et la prise en charge pour s’en occuper. Et c’est toujours Bibi qui ramasse les pots cassés.

Mais rappelons qu’en taule il y a 2 catégories de détenus. Ceux qui ne veulent plus retourner en prison et donc qui ne veulent plus faire de conneries.

Et il y a ceux dont on sait avant leur sortie, qu’ils reviendront à cause d’un nouveau délit. Il faut donner le maximum de chance à la première catégorie avant que les années de taule les aient définitivement brisés.

En résumé, la taule c’est comme la clope, ça nuit gravement à la santé. 

Surveillant de prison en Suisse.

Notre vision de la prison, NOUS femmes de détenus

La prison…

Vaste sujet, grosses ignorances et histoires invraisemblables, voilà comment nous pouvons traduire cela.

Un jour elle vous touche, vous ne savez ni pourquoi ni comment, mais elle devient omniprésente dans votre quotidien, vous mangez prison, vous parlez prison vous dormez et rêvez prison. Elle vous obsède au plus haut point.

Elle est arrivée chez moi en mars 2006, sans que je ne m’y attende « madame Delouvée votre mari est en garde à vue, il va être incarcéré », vous vous prenez une grande claque en pleine figure, vous pleurez encore et encore, pour reprendre vos esprits une paire d’heures plus tard et vous demander ce que vous avez bien pu faire au bon Dieu pour avoir méritez cela.

VOUS ? Rien, votre mari ? TOUT

Là commence notre chemin de croix, les papiers, les avocats, tout à gérer seule, alors qu’avant il était là…

L’enquête, le refus de communication avec votre mari, qu’on vous oblige à supporter : « NON madame vous avez interdiction jusqu’au procès de voir, de parler ou encore d’écrire à votre mari », vous vous demandez pourquoi, ne comprenez pas tout ce que l’on vous explique, car forcément la justice et les lois ce n’est pas votre fort, ce que vous en savez vous l’avez appris par les faits divers et les films à la télévision, la LOI la VRAIE, vous ne la connaissez pas, personne d’ailleurs pour vous expliquer quoi que se soit, les avocats bagatelle, ils ne vous disent rien, ne savent ou ne veulent pas vous dire qu’ils savent. Bref le néant total, vous vous retrouvez seule, la famille partie en fumée, les amis inexistants, quand vous avez le malheur de leur parler, ils vous font bien comprendre que dorénavant vous n’êtes « qu’une femme de détenu »…..

Femme de détenu, voilà désormais notre nouveau grade au sein de la société….on vous traite avec dédain, on vous méprise (on ne sait pas le crime qu’a fait votre mari mais ce n’est pas grave, on le considère comme tueur en série au plus haut degré).

Le procès arrive, alors là, c’est du grand n’importe quoi, les juges, le procureur, les jurés, tout ce beau monde est à mettre dans le même panier, celui de l’imbécilité… il y va de la vie d’un homme et la plupart des jurés dorment sur leur chaise en plein procès, plus d’une fois vous avez envie de leur hurler « debout là dedans », mais non pas le droit, toujours et encore le droit … la sentence tombe « 15ans ferme », là vous vous effondrez sur votre siège et pleurez encore et encore (oui les pleurs font partis intégrante de la femme de détenu tout au long de son calvaire).

Vient au bout de 2ans, de bons et loyaux services sans n’avoir pu communiquer avec votre mari, votre permis de visite, Oh grand bonheur, grande Joie, je vous rassure, seulement de courte durée, car là, vient la rencontre avec la prison !!!!! Lieu d’horreur, de puanteur, de cafard, de rat qui se baladent dans les parloirs (oui oui Fresnes c’est tout ça ensemble). Mais bon quelle joie de retrouver votre mari, de le serrer dans vos bras et de lui faire des bisous (pas trop les surveillants guettent !!! ), là rebelote, les pleurs encore et toujours, les pleurs de joie, mais aussi les pleurs d’horreur, comment peut on enfermer un homme dans des conditions pareilles, car si les parloirs sont aussi dégueulasses (désolé du terme mais le mot est encore trop faible pour exprimer tout cela) les cellules doivent être dans le même état, et effectivement renseignement pris auprès de votre mari, les cellules sont idem, la bouffe infecte et froide, pas d’eau chaude dans les cellules, le chauffage laisse à désirer, les douches hummmm grand moment de bonheur 2 fois par semaine (pas plus car ils risqueraient de se plaindre de bénéficier de trop d’hygiène), la santé il faut en avoir une bonne et solide, car au moindre signe et bien …. Kedal….AH SI du DOLIPRANE, médicament miracle qui soigne aussi bien les rhumes que les angines et les jambes cassées……et encore pour avoir ne serait ce qu’un cachet de doliprane, il faut prévoir le lundi que vous allez tomber malade le samedi, si vous n’avez pas de boule de cristal pour prévoir cela, et bien vous n’avez plus qu’à attendre que le mal passe (ou vous faire ramener en douce de l’efferalgant lyoc par votre femme au parloir).

Et oui, la prison c’est tout cela et bien plus encore, notamment une chose qui facilite la réinsertion, la JAP (juge d’application des peines), alors là aussi grand moment de bonheur, charmante femme au premier abord -_- seulement aux abords bien sur …. La réinsertion je ne pense pas que ce mot soit inscrit dans son vocabulaire, sabrant au fil des ans les crédits de report de peine supplémentaire (CRPS) sous des prétextes bidons et erronés.

Bref vous voyez, c’est tout cela la prison, et bien plus encore, un grand moment de joie et de bonheur, vous diront les gens bien intentionnés, qui pensent pour la plupart que les détenus sont confinés dans un complexe style « Club Med », avec activités gratuites (là aussi c’est faux car des cotisations sont demandées aux détenus, pour certaines d’entres elles), bouffe à volonté, douche tout les jours, télévision gratuites, le pied quoi …..

Emmanuelle Delouvée femme de détenu longue peine.

 

 

Bonjour
moi je viens vous dire mon ressentie par rapport à la prison,

je suis femme de détenu et l'incarcération de mon homme n’est pas facile à vivre tous les jours, c’est un combat que l’on vit difficilement, en faite on ne vit pas, on survit.

De plus toutes les portes se ferment derrières nous, car nos hommes sont incarcérés.

Nous sommes jugées du fait de leur incarcération, nos enfants subissent les trajets, qui pour moi, personnellement représentent 440 kilomètres, ils subissent les parloirs qui ne sont pas trop hygiéniques pour des enfants, le regard des gens etc....
Moi je ne souhaite cela à personne, car l'incarcération d'un proche est très douloureuse et pas évidente aussi !!!!

 

N.B femme de détenu.

 

Dans l’incarcération de mon homme, le plus dur a été la séparation et surtout les 2 premiers mois car n’habitant pas ensemble au moment de l’entrée en prison, j’ai dû attendre 2 mois avant de pouvoir le voir et lui parler car la demande pour le téléphone est aussi longue. Ensuite, l’attente pour pouvoir se voir 35 à 40 min (car les 45 minutes ne sont jamais respectées) par semaine est difficile, on est dans un box dans un état pitoyable séparé par une table en bois. Et, je ne parle même pas du quotidien seul à la maison, les factures et tout le reste qui continue à arriver et la famille étant loin ne pouvait pas me soutenir de son mieux.

 

V.femme de détenu

 

Pour répondre à ta demande, ce que représente pour moi la prison :

Un univers, noir, sombre, glacial, sale et puant ou se mélange misère, violence, folie et souffrance.
Un endroit où l'on emprisonne tous ceux qui dérangent et dont la Société ne sait pas ou plus quoi faire. Inconsciente, défaillante, elle n'a jamais prévu les structures nécessaires pour accueillir, ses malades mentaux, ses toxicos, ses violeurs, toutes ces personnes qui ont besoin de soins et que l'on colle en prison en espérant qu'elles en sortiront guéries, par la bonté de St Eprit, et le doliprane fournit par l'UCSA peut-être......? La prison est un lieu, criminogène, pathogène, ou chaque jour est un combat pour rester sain, de corps et d'esprit. Ou les détenus sont considérés comme des n°, que l'on s'acharne à briser, à qui l'on essaie de retirer toute dignité, que l'on traite sans humanité. Ils doivent payer, le prix fort, quelque soit leurs actes, afin d'assouvir la vindicte populaire, mais les gens ont oubliés une chose, un jour ou l'autre, ils seront libérés, devront se réinsérer, est ce seulement possible après avoir été traités comme des animaux, pour certains des décennies durant ? Je salue haut et fort ceux qui réussiront cet exploit, qui parviendront à se dépasser, à se relever après avoir subit et résister à ce qu'est la case prison. Tout le monde a le droit de changer, encore faut il leur en donner une chance, la possibilité.

 

N. Femme de détenu.

 

Témoignage d'une femme d'ex détenu


Mon mari a été condamné à 18 ans de prison, il en a effectués 13.
Il est sorti à l'heure actuelle mais malgré que je ne cautionne en aucun cas la raison qui l'a mené en prison, je trouve que l'administration est dure envers nous, familles de détenus!

Pourquoi priver un homme de permissions lorsqu'il est en droit d'en obtenir et qu'il se comporte correctement en prison?
Pourquoi priver des enfants d'avoir leur père quelques jours à la maison quand l'enquête préliminaire écrit un rapport positif sur la famille et l'entourage?

Pourquoi lorsqu'une femme accompagnée d'un nourrisson, arrivant 15 minutes trop tard pour l'heure du parloir parce qu'elle s'est perdue sur la route se voit refuser le droit de voir son mari alors qu'elle vient de faire 500 km!
Je sais que l'heure doit être respectée mais quand même!

Ce jour là je suis rentrée en larmes chez moi sans avoir pu le voir alors que c'était notre premier parloir!
On lui a juste dit "parloir annulé" sans même lui expliquer pourquoi!
Il a du attendre que je lui écrive pour savoir.
A propos de courrier, combien de lettres ne se sont pas envolées entre notre domicile et la prison, ou inversement?!

A propos des parloirs, je dirais que dans l'ensemble je n'ai jamais été trop déçue par la suite.
Endroits propres, convenables pour ceux que j'ai vus.
Les UVF manquent dans beaucoup d'établissements surtout pour les famille qui viennent de loin.
D'ailleurs, pourquoi devoir incarcérer un homme à des km de ses proches alors qu'il existe des établissements plus près?

Pourquoi les détenus doivent ils attendre des jours parfois avant de voir un médecin ou un dentiste quand ils en ont besoin?
Pourquoi les détenus qui ne s'entendent pas doivent être enfermés dans les mêmes cellules?

Mon mari a vu des cafards et autres insectes (puces) envahir les cellules voisines de la sienne, c’est intolérable!
Il a été transféré maintes fois et partout il a dû faire voir aux autres détenus qu'il ne se laisserait pas faire en cas de problèmes parce qu'à chaque fois il a été "testé" pour faire voir son caractère!
Où il se laissait racketter, taper dessus ou il se défendait et prenait du mitard!!
Certains surveillants sont gentils et respectent les détenus comme leur famille.
D'autres au parloir nous reçoivent sans même un bonjour alors que nous sommes quand même des êtres humains comme eux!

Pour en revenir aux conditions de détention, mon mari me dit souvent que les gens dehors ne s'imaginent pas tout ce qui se passe à l'intérieur!

Lorsqu'il est sorti définitivement il était perdu, il a eu du mal à se réhabituer à la vie de famille, à voir des inconnus dans les magasins, à reprendre des repères.
Sorti depuis quelques temps maintenant, il continue de parler de la prison tous les jours!!

Les prisons sont surpeuplées, il est normal de se retrouver à 4 personnes dans 9m carrés?
Enfermés 22h sur 24 avec des hommes avec qui on ne s’entend pas toujours?
Est-il normal de ne pas avoir la moindre intimité en cellule?

D'accord, si tous ces détenus n'avaient pas un jour commis une faute ils ne seraient pas en prison mais quand même, un être humain reste un être humain.
Il paye ses actes par une privation de liberté, pourquoi rajouter tout le reste à ça?

 

Femme d’ex détenu.

 

 

 

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