MALADIE ET PRISON

Première plongée dans l’hôpital-prison de Bron

Première plongée dans l’hôpital-prison de Bron

« La Croix » a pu visiter en exclusivité le premier hôpital-prison de France. Ouvert en mai, il accueille une cinquantaine de détenus présentant des troubles psychiatriques lourds

Luc n’a pas tout de suite réalisé où il était transféré. À peine incarcéré pour avoir poignardé son père, ce jeune homme de 19 ans a été conduit dans la toute nouvelle unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) de Bron, en banlieue lyonnaise (1).

« On m’a amené ici parce que, en cellule, j’étais un petit peu angoissé », ânonne-t-il lentement. Le diagnostic médical est, lui, autrement plus préoccupant : pris de bouffées délirantes, Luc présentait un risque de passage à l’acte. Depuis son arrivée à Bron, il n’a plus été une seule fois en contact avec les « bleus », le surnom donné aux surveillants par les détenus. 

Place aux blouses blanches, et à elles seules. « Les médecins qui m’entourent m’aident à éclaircir les points négatifs en moi, à comprendre mes délires. En prison, tout est plus… sec. Les surveillants ont d’autres soucis à gérer. » 

En marge de ses rendez-vous médicaux, le jeune homme peut participer aux multiples activités culturelles et sportives de l’établissement. Il préfère, pour l’heure, enchaîner les puzzles, hobby aussi solitaire que rassurant. Et son état de santé devrait, selon les médecins, permettre d’ici à quelques jours son retour en prison.

Entre 10 à 25 % de la population carcérale souffrent de troubles graves

Avant l’ouverture de l’UHSA, en mai dernier, les bouffées délirantes de Luc l’auraient tout droit mené dans un hôpital psychiatrique. Son statut de détenu aurait obligé les soignants à le tenir à l’écart du reste des patients, dans une chambre fermée à clé. 

Surtout, pour limiter tout risque d’évasion, son hospitalisation se serait limitée à quelques jours. C’est pour répondre à cette inadéquation de l’offre de soins psychiatriques aux détenus (entre 10 à 25 % de la population carcérale souffrent de troubles graves) que les pouvoirs publics ont fini par créer lesUHSA.

Seul établissement de la sorte actuellement, l’unité de Bron a tout, en apparence, d’une prison classique : gros murs d’enceinte, barreaux aux fenêtres, parloirs… Principale différence : seul le personnel hospitalier y intervient. Les surveillants pénitentiaires sont relégués à l’entrée du bâtiment et n’ont pour seule mission que d’assurer la sécurité extérieure. 

Le terme de « détenu » est proscrit, ici on parle de « patient »

Autre différence avec les établissements pour peine : le terme de « détenu » est proscrit, ici on ne parle que de « patient ». « Nous accueillons des individus atteints d’une pathologie psychiatrique qui souhaitent, ou nécessitent, d’être hospitalisés sur le long cours et pas uniquement lors d’une crise », explique Pierre Lamothe, médecin psychiatre et responsable du pôle Santé mentale des détenus et psychiatrie légale, dont dépend l’UHSA. « Ils retournent en détention lorsqu’on perçoit en eux une moindre souffrance, une meilleure estime d’eux-mêmes, une plus grande capacité à gérer les règles de vie en collectivité. »

Certains ne restent à Bron que quelques jours. D’autres de longs mois. Pas étonnant, compte tenu de la variété des profils qui cohabitent ici : une mère infanticide, un criminel sexuel proche du handicap mental, un quadragénaire profondément dépressif, un psychopathe borderline, un schizophrène délirant, etc. Cette cinquantaine de patients – dont un mineur – sont d’ailleurs répartis dans différentes unités, en fonction de leur pathologie ou de leur éventuelle dangerosité.

Les soignants sont tous volontaires. Corinne Bouchet fut l’une des toutes premières à déposer sa candidature. En tant que cadre de santé, elle assume la part de danger inhérente à sa fonction : «On ne peut soigner sans prendre le risque de l’autre.» 

Les patients "apprécient qu’on s’occupe d’eux sans hostilité"

Tout est fait, néanmoins, pour limiter au maximum les débordements. Il n’est qu’à voir le nombre de caméras dans les couloirs pour s’en convaincre. Autre détail, auquel les patients ne prêtent sans doute pas attention : le personnel médical intervient systématiquement en binôme, pour mieux faire face en cas de problème. 

Enfin, chaque employé est doté d’un talkie-walkie géolocalisable. Un premier signal permet de mobiliser une partie du personnel médical, un second, l’ensemble de la communauté soignante, et un troisième, les surveillants de la pénitentiaire. L’arrivée sur les lieux prend moins de 20 secondes.

Éloigné de l’hôpital classique, l’UHSA l’est presque tout autant de la prison. Et c’est bien là son originalité. Alain, un ancien enfant de la Ddass, toxicomane ayant attenté à ses jours à plusieurs reprises derrière les barreaux, en atteste.

« Quand vous êtes au bout du rouleau, quand vous sortez le drapeau, comme on dit, en prison, personne n’y prête attention. Les médecins sont trop débordés, ils viennent deux minutes vous voir pour vous prescrire vos médicaments. Ici, ça n’a rien à voir : on m’écoute », explique le trentenaire, encore stupéfait de pouvoir appeler les soignants par leur prénom. À entendre Pierre Lamothe, les patients seraient surtout rassurés d’être pris en charge médicalement. « Ils apprécient qu’on s’occupe d’eux sans hostilité et qu’on les aide à mettre des mots sur leur souffrance. Cela les sécurise énormément. »

Le patient reprend le chemin de la prison lorsqu’il est en voie de guérison

Cruelle logique : lorsqu’il est en voie de guérison, le patient doit reprendre le chemin de la prison et troquer son titre de « malade » pour celui de « détenu ». Étonnamment, les intéressés sont plutôt demandeurs. Et ce, pour des raisons inattendues. 

Par exemple, à l’heure où l’on brandit l’encellulement individuel comme « la » panacée, Luc goûte peu le fait d’avoir une chambre individuelle au sein de l’UHSA : « En prison, on est plusieurs par cellule et je crois que je préfère. Ici, je gamberge tout seul autour de mon lit. » Alain, lui, reproche à l’UHSA son caractère aseptisé : « En détention, on peut fumer en cellule, se faire un petit café, écouter de la musique tard dans la nuit… »

Si les détenus se montrent si désireux de quitter les lieux c’est aussi, à entendre la psychiatre Ève Becache, pour ne plus être étiquetés comme « malades ». « Toute personne s’estimant guérie souhaite rentrer chez elle, analyse le médecin. Eh bien, c’est pareil pour les détenus. » C’est donc souvent la communauté soignante qui insiste pour que le patient reste encore quelques jours avant de rejoindre la prison.

Huit établissements semblables prévus d’ici à 2012

Déjà victime de son succès, l’établissement pourrait aujourd’hui rapidement « s’emboliser ». Car les demandes d’hospitalisation à l’UHSA sont désormais quotidiennes. Huit établissements semblables sont appelés à voir le jour d’ici à 2012. Au final, 700 places devraient être créées.

Les pouvoirs publics comptent, pour l’heure, s’en tenir là, pour des raisons financières notamment, même s’il y a plusieurs milliers de détenus atteints de troubles psychiatriques en France. Le coût de fonctionnement de l’UHSA de Bron se monte à neuf millions d’euros, dont sept en personnel (pour une centaine d’équivalents temps-plein). 

Une facture totalement assumée par Pierre Lamothe : « Avec ce budget, on s’approche de ce que coûte un service de réanimation. Et ce n’est pas très éloigné de ce que nous faisons : finalement, nous prenons en charge des personnes qui ont été abandonnées psychologiquement et qui se retrouvent, de ce fait, “inanimées” socialement. »

Marie BOËTON


(1) L’établissement est rattaché au centre hospitalier Le Vinatier.

 


Nîmes: peine d'un prisonnier suspendue

Nîmes: peine d'un prisonnier suspendue

La cour d'appel de Nîmes a ordonné aujourd'hui la suspension de la peine d'un sexagénaire en prison depuis 22 ans et atteint d'une grave maladie pulmonaire, qui pourra donc finir ses jours en liberté, a-t-on appris auprès de son avocat. "Sa remise en liberté est effective à partir d'aujourd'hui (mardi, ndlr)", a affirmé Me Patrick Gontard à l'AFP. Il pourra résider au domicile de sa concubine à Romans-sur-Isère (Drôme), où il sera tenu à une obligation de soins, a-t-il ajouté.

Jean L., 66 ans, condamné à perpétuité en 1988 pour avoir tué sa maîtresse à Béziers (Hérault) et découpé son corps, est actuellement pris en charge à l'Unité hospitalière sécurisée interrégionale de Marseille. Selon son avocat, les médecins ne lui donnent que quelques mois à vivre. "C'est une bonne décision du point de vue de la dignité humaine car il est très affaibli", a souligné Me Gontard.

Mi-juillet, la chambre de l'application des peines de la cour d'appel de Nîmes avait ordonné une complément d'expertise médicale et renvoyé l'affaire au 5 octobre. Lors de cette audience, le parquet général avait accepté le principe d'une suspension de peine, les expertises psychologiques ayant conclu que le détenu n'était pas dangereux, selon l'avocat.

Le condamné, qui était détenu au centre pénitentiaire d'Avignon-Le Pontet (Vaucluse) avant son transfert à Marseille, souffre d'une lourde insuffisance respiratoire qui nécessite une oxygénothérapie d'un débit de 11 litres par minute. Il avait adressé le 17 juillet une demande en grâce au président Nicolas Sarkozy.

Début juin, l'Observatoire international des prisons (OIP) avait dénoncé le sort réservé au détenu, en rappelant que la France a déjà été condamnée deux fois par la Cour européenne des droits de l'Homme pour avoir maintenu en prison des condamnés dont l'état de santé était incompatible avec la détention.

 

Plan sanitaire détenuEs 2010-2014 : un plan lâche et hypocrite

Plan sanitaire détenuEs 2010-2014 : un plan lâche et hypocrite

 

Jeudi 28 octobre, les ministres de la Santé et de la Justice doivent présenter un plan sur « la prise en charge sanitaire des personnes détenues » qui traite, entre autres, du sida et des hépatites en prison. Hélas, ce plan continue d’ignorer l’usage de drogues en prison. Il ne s’engage pas sur l’application effective de la suspension de peine pour raison médicale pour les personnes incarcérées séropositives et co-infectées VIH/hépatites [1] et le développement des alternatives à l’incarcération. Lâche et hypocrite, il passe à côté de son sujet.

 

Les contaminations par le VIH et les hépatites en prison sont majoritairement dues à l’usage de drogues. Or, sur ce point, le plan ne dit absolument rien ! Des mesures de réduction des risques infectieux au VIH et aux hépatites sont proposées concernant « la coiffure, le piercing et le tatouage »… des mesures sans doute bienvenues, mais qui occultent cyniquement la prévention liée à l’usage de drogues en prison !

Aucun matériel de réduction des risques liés à l’usage de drogues n’est accessible en prison (matériel stérile d’injection, de sniff…). Ceux-ci ont pourtant fait leur preuve en milieu libre, faisant chuter le nombre d’usagerEs de drogues contaminéEs au VIH de manière significative.

Ce choix idéologique niant la consommation de drogues en prison est criminel. Il fait fi des recommandations unanimes des professionnels et associations : rapport d’expertise collectif INSERM de juillet 2010 ; avis CNS de septembre 2009 ; recommandations du rapport Yéni 2010... Les premiers résultats de l’enquête PRI2DE font ainsi état d’une situation inadmissible et illégale : les prisons françaises ne respectent pas le principe d’égalité des moyens de prévention entre la prison et le milieu libre, ce principe ayant pourtant été réaffirmé par la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009.

Comment peut-on prétendre mener une politique de santé pour les personnes incarcérées sans se soucier de réduction des risques liés à l’usage de drogues en prison ?

Pour le reste, la prison n’est pas un lieu de soins ! Si la prise en charge médicale doit être améliorée en prison, ce sont prioritairement les alternatives à l’incarcération, les aménagements de peine et la suspension de peine pour raison médicale qui doivent être appliqués afin que les personnes séropositives bénéficient de la prise en charge médicale et sociale dont elles ont besoin.

Aujourd’hui des malades meurent en prison alors que leur état de santé exige une suspension de peine pour raison médicale, comme Eric Piedoie, co-infecté VIH/VHC toujours incarcéré à la maison d’arrêt de Grasse (06) [2].

Les prisons sont pleines à craquer, les malades subissent des conditions de détention insalubres, mortifères, leur état de santé est aggravé par la peine disproportionnée qui leur est infligée. Il est urgent et nécessaire que les pouvoirs publics mettent fin à leur politique inefficace du tout répressif. Ce plan en est loin.

Act Up-Paris dénonce l’hypocrisie de ce plan et la lâcheté du gouvernement à propos du sida et des hépatites en prison.

 

Act Up-Paris exige : 
- la promotion et l’application immédiate des alternatives à l’incarcération, des aménagements de peine et suspension de peine pour raisons médicales ; 
- la stricte égalité dans l’application des politiques de réduction des risques liés à l’usage de drogues entre prison et milieu libre.

 

 

Santé des détenus : la honte des prisons françaises

Santé des détenus : la honte des prisons françaises

Dans les prisons françaises, on se suicide six fois plus qu'à l'extérieur. Sida, hépatite C, tuberculose : les maladies graves y sont légion. Les taux de dépressifs et schizophrènes crèvent le plafond. Les ministères de la Santé et de la Justice lancent ce jeudi un plan pour réagir.

Taux de suicide élevés, maladies qui se diffusent dans les cellules : la santé physique ou mentale des détenus français est notoirement mauvaise. Ce jeudi, les ministères de la Santé et de la Justice doivent présenter un "plan d'actions stratégiques" sur la période 2010-2014 pour l'améliorer.

Le rapport qui doit servir de base à la présentation de ce plan dresse un constat alarmant : en prison, les prévalences des infections par les virus du sida ou de l'hépatite C sont élevées: 1,04% pour le VIH et 4,2% pour le VHC, contre 0,23% et 0,84% dans la population générale, constate le plan. L'incidence de la tuberculose y est de 8 à 10 fois supérieure à l'incidence moyenne nationale. Les détenus se suicident 6 fois plus que les hommes libres âgés de 15 à 59 ans. Après une certaine baisse au début de la décennie, le nombre de décès par suicides a augmenté, de 109 en 2008 à 115 en 2009. Le quart des "entrants" déclarent une consommation d'au moins deux substances "psycho-actives" (tabac avec plus de 20 cigarettes par jour, alcool, drogues...), 30% présentant "une consommation excessive d'alcool". Enfin, indique le rapport, "la santé mentale des personnes détenues est particulièrement fragile", avec une estimation de 17,9% de personnes atteintes d'état dépressif majeur, 12% d'anxiété généralisée et 3,8% de schizophrénie nécessitant un traitement (soit environ quatre fois plus que dans la population générale).

Qualité et continuité des soins

Le plan d'action "repose en grande partie sur un socle de mesures déjà en cours mais qu'il convient, pour beaucoup, de consolider, pour certaines d'en assurer l'application et pour d'autres d'en adapter la mise en oeuvre". Il pose des "grands principes", préconisant notamment que "les personnes incarcérées doivent bénéficier de la même qualité et continuité de soin que la population générale". Il s'articule autour de "6 axes, 18 mesures et 40 actions" pour, en particulier, renforcer "la politique de prévention du suicide", développer des "actions d'éducation et de promotion de la santé", "améliorer l'organisation, la gestion et le suivi des structures sanitaires", etc.

Au 1er septembre 2010, 60.789 personnes étaient détenues, dans quelque 200 établissements. Une loi a transféré en 1994 au ministère de la Santé la responsabilité de leur prise en charge sanitaire.

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Sida en prison : la peine de mort n’a pas été abolie

Sida en prison : la peine de mort n’a pas été abolie

 

9 octobre : anniversaire de l’abolition de la peine de mort en France

Le 9 octobre 1981, la peine de mort a officiellement été abolie en France. 29 ans plus tard, Eric, co-infecté VIH/VHC, attend dans le couloir de la mort son exécution. Le 13 octobre aura lieu son audience de suspension de peine pour raison médicale d’urgence.

Du fait de son incarcération, il n’est plus soigné pour son hépatite C depuis janvier 2009. Tandis que son « pronostic vital est engagé à court terme », la lenteur de la justice fait son œuvre aussi efficacement qu’un nœud coulant. Eric est la preuve qu’un système d’élimination est en place, assassinant aussi sûrement qu’une exécution sommaire les malades du sida incarcéréEs.

Le système carcéral actuel continue impunément d’exécuter ses prisonnierEs les plus fragiles, les plus affaibliEs, les malades. Les prisons continuent d’être de véritables guillotines institutionnelles où s’applique, malgré l’abolition du 9 octobre 1981, la peine de mort lente distillée au long d’années de torture et de manque de soins.

Les incarcérations de masse, les conditions indignes de détention, l’absence d’outils de réduction des risques liés à l’usage de drogues en prison et de programmes de prévention de lutte contre le sida et les hépatites peuvent expliquer pourquoi 90% des personnes séropositives incarcérées en France sont co-infectées.

Le tabou et l’indifférence qui règnent sur la catastrophe sanitaire qui en découle continueront de contribuer à la mort de centaines de malades qui, comme touTEs les autres, ne seront probablement jamais comptabiliséEs. En ce jour anniversaire, cette politique pénale et pénitentiaire absurde et criminelle rend caduque l’abolition de la peine capitale.

Act Up-Paris exige :

 

- l’abolition de la détention provisoire 
- l’application immédiate et massive des alternatives à l’incarcération 
- la mise en œuvre systématique des aménagements de peine et de la suspension de peine pour raison médicale

 

 

 

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