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Aurélie Leclercq , directrice de prison: « Être une femme dans ce milieu ne m'a jamais posé de problème »

 

Après neuf mois passés à superviser la fin de son chantier de construction et à en définir le fonctionnement, Aurélie Leclercq prendra officiellement la direction, ce matin, du centre pénitentiaire d'Annoeullin. Âgée de 36 ans, la Nordiste, née à Béthune, qui fut adjointe à Châteauroux et Loos avant d'accéder à la fonction de directrice à Sequedin, ouvrira là son deuxième établissement. Une mission lourde et complexe pour laquelle cette jeune femme dynamique était l'une des rares candidates. Portrait d'un « manager » atypique...

Les fonctionnaires qui attendent ce matin-là dans le couloir de l'administration du centre pénitentiaire d'Annoeullin ont la mine préoccupée. Dans quelques minutes, ils passeront leur premier entretien individuel avec leur futur directeur. Une personne dont la réputation l'a suivie... Ex-adjoint de la prison de Loos puis directeur de celle Sequedin dont il a aussi préparé l'ouverture avant d'être appelé à Paris, le « boss », expérimenté, a l'image d'un chef « droit et sûr », confie un surveillant. Ce patron qui aura à gérer 688 détenus et 235 surveillants, n'est pourtant pas l'homme à poigne que l'on pourrait s'attendre à découvrir. Mais une charmante jeune femme de 36 ans, dynamique et moderne.

« Je voulais être flic », dévoile tout de suite Aurélie Leclercq. « J'étais en DEA de droit pénal pour passer le concours de commissaire lorsqu'on nous a fait visiter un centre pénitentiaire. Ça a été une révélation », se souvient la Béthunoise, promue directrice de la prison de Sequedin dès 2007 après en avoir assuré l'ouverture comme adjointe en 2005, à l'issue d'une expérience de quatre ans à Châteauroux puis de deux ans à Loos, affectation qu'elle avait ardemment désirée. « Loos avait la réputation d'un établissement difficile. Avec 1 200 détenus pour 450 places, il l'était... Mais j'avais envie de me frotter à ça », avoue Aurélie Leclercq, captivée par une profession qui l'a attirée pour sa dimension humaine. « On n'est pas dans les films américains... La prison est un lieu humain. Chaque personne est différente et notre métier consiste à nous adapter. Je ne suis pas dans l'affrontement : ce n'est pas mon truc », assure la jeune femme dont la porte reste toujours ouverte.

Des moments de tension, il en survient pourtant : agressions, suicides, font partie des événements qui jalonnent une carrière. « Il faut alors rassurer les équipes. Être rigoureux et clair dans son discours, entreprenant et moteur aussi. Mon boulot, c'est de manager des gens au sein d'une collectivité particulière, car contrainte. Il faut qu'ils aient envie de vous suivre, qu'ils vous fassent confiance », analyse Aurélie Leclercq, pour qui le monde carcéral n'est « surtout pas un endroit mystérieux où on cache tout. La prison est ouverte sur le monde : il entre et sort beaucoup de gens chaque jour, et le dialogue avec les détenus est permanent. Mais quand on dit « oui » à un, il faut pouvoir le faire avec tout le monde. On gère des individus, mais il faut avoir en tête l'intérêt de la collectivité. La prison, c'est avant tout une question d'équilibre. C'est ce qui garantit un climat apaisé ». Une mission, somme toute, plus féminine qu'il n'y paraît...

« Il y a de plus en plus de femmes à la tête des établissements. Dans ma promotion, sur dix-neuf, nous étions quinze filles. Je ne suis pas un cas à part », confirme Aurélie Leclercq, que son statut de femme ne perturbe d'ailleurs pas dans ce milieu particuliérement masculin. « Ça ne m'a jamais posé de problème, assure-t-elle. Il y a du respect, chez les surveillants comme chez les détenus. Peut-être parce qu'il n'y a pas cette notion d'ego qu'il peut y avoir entre hommes », glisse-t-elle, tout en reconnaissant s'être « un peu » endurcie.

« Il faut faire respecter la vie en communauté et ce n'est parfois pas évident. Il arrive aussi qu'on rentre le soir avec son boulot en tête.

Pourtant, quand j'étais dans les bureaux à Paris, ce travail me manquait ». Ce matin, le travail de bureau sera bien loin... •

 

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