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Aurélie Leclercq , directrice de prison: « Être une femme dans ce milieu ne m'a jamais posé de problème »

 

Après neuf mois passés à superviser la fin de son chantier de construction et à en définir le fonctionnement, Aurélie Leclercq prendra officiellement la direction, ce matin, du centre pénitentiaire d'Annoeullin. Âgée de 36 ans, la Nordiste, née à Béthune, qui fut adjointe à Châteauroux et Loos avant d'accéder à la fonction de directrice à Sequedin, ouvrira là son deuxième établissement. Une mission lourde et complexe pour laquelle cette jeune femme dynamique était l'une des rares candidates. Portrait d'un « manager » atypique...

Les fonctionnaires qui attendent ce matin-là dans le couloir de l'administration du centre pénitentiaire d'Annoeullin ont la mine préoccupée. Dans quelques minutes, ils passeront leur premier entretien individuel avec leur futur directeur. Une personne dont la réputation l'a suivie... Ex-adjoint de la prison de Loos puis directeur de celle Sequedin dont il a aussi préparé l'ouverture avant d'être appelé à Paris, le « boss », expérimenté, a l'image d'un chef « droit et sûr », confie un surveillant. Ce patron qui aura à gérer 688 détenus et 235 surveillants, n'est pourtant pas l'homme à poigne que l'on pourrait s'attendre à découvrir. Mais une charmante jeune femme de 36 ans, dynamique et moderne.

« Je voulais être flic », dévoile tout de suite Aurélie Leclercq. « J'étais en DEA de droit pénal pour passer le concours de commissaire lorsqu'on nous a fait visiter un centre pénitentiaire. Ça a été une révélation », se souvient la Béthunoise, promue directrice de la prison de Sequedin dès 2007 après en avoir assuré l'ouverture comme adjointe en 2005, à l'issue d'une expérience de quatre ans à Châteauroux puis de deux ans à Loos, affectation qu'elle avait ardemment désirée. « Loos avait la réputation d'un établissement difficile. Avec 1 200 détenus pour 450 places, il l'était... Mais j'avais envie de me frotter à ça », avoue Aurélie Leclercq, captivée par une profession qui l'a attirée pour sa dimension humaine. « On n'est pas dans les films américains... La prison est un lieu humain. Chaque personne est différente et notre métier consiste à nous adapter. Je ne suis pas dans l'affrontement : ce n'est pas mon truc », assure la jeune femme dont la porte reste toujours ouverte.

Des moments de tension, il en survient pourtant : agressions, suicides, font partie des événements qui jalonnent une carrière. « Il faut alors rassurer les équipes. Être rigoureux et clair dans son discours, entreprenant et moteur aussi. Mon boulot, c'est de manager des gens au sein d'une collectivité particulière, car contrainte. Il faut qu'ils aient envie de vous suivre, qu'ils vous fassent confiance », analyse Aurélie Leclercq, pour qui le monde carcéral n'est « surtout pas un endroit mystérieux où on cache tout. La prison est ouverte sur le monde : il entre et sort beaucoup de gens chaque jour, et le dialogue avec les détenus est permanent. Mais quand on dit « oui » à un, il faut pouvoir le faire avec tout le monde. On gère des individus, mais il faut avoir en tête l'intérêt de la collectivité. La prison, c'est avant tout une question d'équilibre. C'est ce qui garantit un climat apaisé ». Une mission, somme toute, plus féminine qu'il n'y paraît...

« Il y a de plus en plus de femmes à la tête des établissements. Dans ma promotion, sur dix-neuf, nous étions quinze filles. Je ne suis pas un cas à part », confirme Aurélie Leclercq, que son statut de femme ne perturbe d'ailleurs pas dans ce milieu particuliérement masculin. « Ça ne m'a jamais posé de problème, assure-t-elle. Il y a du respect, chez les surveillants comme chez les détenus. Peut-être parce qu'il n'y a pas cette notion d'ego qu'il peut y avoir entre hommes », glisse-t-elle, tout en reconnaissant s'être « un peu » endurcie.

« Il faut faire respecter la vie en communauté et ce n'est parfois pas évident. Il arrive aussi qu'on rentre le soir avec son boulot en tête.

Pourtant, quand j'étais dans les bureaux à Paris, ce travail me manquait ». Ce matin, le travail de bureau sera bien loin... •

 

Agen et Cahors, le duel des prisons

Agen et Cahors, le duel des prisons

Le ministère qui a annoncé les fermetures de Cahors et d'Agen devra sans doute trancher entre deux projets de reconstruction à Sauzet et à Layrac.

L'agglomération agenaise va-t-elle un jour souffrir d'une étrange incongruité, à savoir abriter l'École nationale de l'administration pénitentiaire (Enap) qui forme entre autres les futurs surveillants et directeurs de prison et pour autant ne plus disposer de maison d'arrêt ?

Une situation pour le moins absurde qui pourrait pourtant bien se concrétiser dans un avenir proche si d'aventure, à la fermeture annoncée en 2016 de la maison d'arrêt de la rue Montaigne, s'ajoutait l'opposition du ministère à la reconstruction d'une prison sur le territoire agenais. On est ici dans le domaine du probable puisque, rappelons-le, le 26 juillet dernier, le garde des Sceaux de l'époque, Michèle Alliot-Marie annonçait les fermetures conjointes des prisons paloises et agenaises et la construction d'un nouvel ensemble sur le territoire de la cité béarnaise. Nouvel ensemble susceptible d'accueillir 700 détenus dont les pensionnaires agenais.

Sauzet sur la route d'Agen

Et le dossier se complique encore un peu plus si on regarde vers l'Est puisque le Lot, dont la juridiction appartient à la cour d'appel d'Agen et dont la prison à Cahors va fermer en 2012, a d'ores et déjà bouclé un dossier pour la reconstruction d'un établissement entre Cahors et… Agen. Le projet lotois a une longueur d'avance sur son pendant agenais puisqu'il a déjà été présenté au ministre Michel Mercier qui s'est également rendu dans la préfecture lotoise vendredi dernier.

Le garde des Sceaux aurait même jugé le projet « intéressant ». « Il s'agit de construire à Sauzet sur un terrain de 15 hectares, une prison nouvelle génération d'une capacité équivalente aux prisons de Cahors et d'Agen réunies, un établissement de réinsertion active auquel prendrait part une entreprise locale (la Maec, qui produit des c offrets en plastique et des paraboles) prendrait part. On a réagi vite. La commune d'accueil est d'accord. On s'est en outre engagé à faire une route », détaille Gérard Miquel, sénateur et président du Conseil général du Lot qui porte le projet de reconstruction.

En Lot-et-Garonne, c'est la mairie d'Agen qui pilote seule le dossier. Un dossier dont on sait peu de choses ou plutôt dont on veut dire peu de choses. Un terrain d'une vingtaine d'hectares serait « pressenti ». La mairie refuse de dire où. Mais selon nos informations c'est à Layrac près de la route d'Astaffort que Jean Dionis verrait la future prison. Un accord aurait été trouvé avec Layrac, qui, rappelons-le, est membre de la CAA.

Dans tous les cas, c'est « en mains propres » que le dossier agenais sera remis au garde des Sceaux, Michel Mercier (centriste mais pas Nouveau centre), lors de sa visite de l'Enap à Agen le 3 février prochain. Dans la logique et la pratique, on voit difficilement comment les professionnels de justice et les justiciables lot-et-garonnais pourraient tirer partie d'une maison d'arrêt à Pau, à plus de 2 h 30 d'Agen où l'on continuerait à instruire les affaires judiciaires, à entendre les détenus etc. Bref, construire une nouvelle prison sur le ressort de la cour d'appel tomberait sous le sens. Une seule ? Ou deux, à Sauzet et à Layrac ? Vu l'état des finances publiques, cette dernière option demeure la plus improbable. « Rien n'est encore décidé », assure-t-on cependant du côté d'Olivier Pedro José, porte-parole adjoint du ministère de la Justice.

L'atout de l'Enap

« Des études sont lancées et on en sera plus sur les projets alternatifs de reconstruction, de regroupement avant la fin du premier semestre quand la liste définitive des fermetures de prison sera dévoilée ».

Pour le président du Conseil général du Lot, Gérard Miquel, le doute n'est pas permis : « Il n'y a pas de place pour deux projets. Il ne peut y avoir qu'une seule reconstruction sur le ressort ». Le projet d'implantation à Sauzet, à une portée de fusil du Lot-et-Garonne, serait-il en mesure de satisfaire les deux partis ? A ce jour, aucun rapprochement n'a été initié. « Je ne serai pas contre, assure Gérard Miquel, mais je ne suis pas sûr qu'Agen veuille investir dans le Lot… »

A la mairie d'Agen, on estime en outre posséder « un atout imparable » en la présence de l'Enap. Bref, le ministre de la Justice qui a confié à Gérard Miquel qu'il lui donnerait une réponse d'ici deux mois, devra trancher entre Cahors et Agen. Hier soir, réunie en AG à Agen, les syndicalistes surveillants de l'Ufap ont décidé de solliciter un nouveau rendez-vous auprès de Jean Dionis afin de faire le point. « On n'a plus de nouvelles depuis trois mois. Mais notre position demeure inchangée : on souhaite la reconstruction d'une prison sur l'agglomération. Aller à Sauzet, ce serait certes mieux qu'à Pau, mais pour le personnel déplacé, ce serait tout de même difficile ». A suivre.

[INTERVIEW] LE MODÈLE DES PRISONS OUVERTES

[INTERVIEW] LE MODÈLE DES PRISONS OUVERTES

Il existe aujourd’hui en France une prison qui n’est pas sur le modèle “traditionnel” des prisons fermées. Elle est en Corse, à Casabianda. C’est une prison construite sur un modèle ouvert. Tel que décrit lors du Congrès Pénal et Pénitentiaire International de La Haye en août 1950:

Le terme « établissement ouvert » désigne un établissement pénitentiaire dans lequel les mesures préventives contre l’évasion ne résident pas dans des obstacles matériels tels que murs, serrures, barreaux ou gardes supplémentaires.

Le modèle existe depuis plus de deux siècles et s’est répandu largement en Europe ces dernières décennies. Au Danemark ou en Finlande par exemple, plus de 30% des places du système carcéral sont en régime pénitentiaire ouvert, presque 25% en Suède, 16% en Suisse, 8% en Angleterre et au Pays de Galles. Et en France ? 0.37%.

En mars dernier, un rapport a été rendu au Ministère de la Justice à propos de ce régime particulier des prisons ouvertes, notamment sur la faisabilité de son développement au sein du parc pénitentiaire français. Interview avec Paul-Roger Gontard, auteur de ce rapport.

Historiquement, d’où vient le modèle des prisons ouvertes ?

Il serait né, d’après mes recherches, en Espagne dans le premier tiers du XIXieme siècle. C’est un espagnol qui aurait ouvert la première prison ouverte, au début des années 1830. Ensuite, un anglais expérimentera ce modèle dans une petite île, Norfolk Island, qui est bloquée entre la Nouvelle Zélande et la Nouvelle Calédonie. Elle avait la particularité d’accueillir les pires détenus d’Angleterre.

À cette époque là, on pratiquait encore la déportation, les détenus anglais étaient envoyés en Australie et ceux qui n’arrivaient pas à s’implanter et commettaient de nouveaux crimes étaient envoyés sur Norfolk Island. On les appelait les deux fois condamnés et pourtant, malgré cette particularité de détenus plutôt difficiles, c’est une des premières prisons ouvertes qui s’est installée sur cette île avec cette population pénale.

C’est un modèle très ancien, l’un des premiers modèles pénitentiaires. Il arrive quelques dizaines d’années après ceux de Philadelphie et d’Auburn. C’est un modèle très ancien et qui a fait ses preuves depuis très longtemps.

Quels sont les enjeux de ce type d’établissements ?

Les établissements qui utilisent le régime ouvert de détention ont en gros 4 gros avantages. Le premier c’est l’humanisation de la détention. Ce modèle d’établissement favorise le respect de la dignité humaine, des droits des détenus plus facilement que tout autre type de prison.

Ensuite, la réinsertion. C’est un établissement qui, par son fonctionnement, est propice au travail des détenus, à la formation, aux soins et, compte tenu de son fonctionnement qui est basé sur la normalisation – se rapprocher le plus possible de la vie libre – permet de réhabituer chaque individu à un quotidien avec des horaires, des contraintes, des objectifs, un travail en commun. Ce qui favorise évidemment la réinsertion.

C’est un modèle de prisons qui permet de dédommager plus facilement les victimes puisque le travail a une place extrêmement prépondérante. Les détenus sont incités à commencer à payer leur parties civiles lorsqu’ils passent une partie de leur détention dans une prison ouverte.

Enfin, c’est un mode d’établissement que l’on peut qualifier d’économique. Non seulement il coûte moins cher puisque les coûts d’encadrement sont souvent inférieurs aux autres types de modèle pénitentiaire. Les infrastructures sont beaucoup plus souples, moins imposantes : pas de murs, pas de glacis, pas de filets anti-hélicoptères. Donc tant par la construction que par son fonctionnement, c’est un mode de détention plus économe. Qui plus est, lorsque le fonctionnement de cette prison est basé sur une activité économique, c’est une prison qui peut rapporter de l’argent à la collectivité.

Comment les détenus que vous avez pu rencontrer vivent-ils ce passage en prison ouverte ?

Tout d’abord, ils se rendent compte le plus souvent que l’incarcération dans une détention de ce type est une exception et que comme toute exception, il faut prendre garde à ce qu’elle ne disparaisse pas pour eux-même ou pour les autres. Ils se rendent compte qu’il y a des règles à respecter et que si ces règles ne sont pas respectées par eux-même ou par les autres membres de la communauté pénitentiaire, on risque soit de les renvoyer eux-même dans des prisons fermées, soit de limiter les libertés que l’on peut trouver dans des prisons ouvertes.

C’est important de se rendre compte qu’ils s’approprient souvent le modèle et de considérer qu’ils considèrent que c’est une chance pour eux d’être dans une prison ouverte. Ils en tirent donc un bénéfice conscient.

Il y a un détenu qui m’a dit un jour : “on ne redresse pas un clou rouillé en le mettant dans une boîte fermée”. J’ai trouvé que le message était intéressant. Il considère que ce n’est pas en mettant quelqu’un dans neuf mètres carré, enfermé vingt-trois heures sur vingt-quatre, que ce n’est pas ce mode là qui va permettre à un individu de se redresser, de redevenir un homme libre, un homme conscient de sa responsabilité et conscient de ses choix, conscient des conséquences de ses actes.

Le régime d’exception est donc le garant de la réussite de ce type d’établissement ?

C’est certain. On ne peut pas imaginer que tout le champ pénitentiaire soit dans ce modèle là. Par contre, une proportion même sensible comme dans les pays du nord de l’Europe – ça peut être jusqu’à un quart voir un tiers de la détention – est propice à rendre compte de l’exception que c’est dans le champ pénitentiaire tout en permettant au plus grand nombre, en tout cas tout ceux qui peuvent en bénéficier, d’accéder à ce régime là.

Quels seraient les critères de sélection pour accéder à ce régime ?

Il y a deux grands ensembles de critères : les critères matériels et des critères individuels. Les critères matériels sont par exemple le quantum de peine (la durée de la peine qui a été prononcée par le juge) ou le reliquat de peine. On a en France, par notre code de procédure pénale, tout un dispositif d’aménagement de peine à partir d’une certaine durée qui rend accessible pour les détenus finalement plus une vie libre qu’un régime de détention fermé.

À ces deux éléments vous en rajoutez un troisième qui est, dans certains pays, le facteur infractionnel (quelle est l’infraction qu’a commis le détenu ?). Par exemple en Autriche, les détenus incendiaires ou les détenus pour infraction sexuelle ne sont pas autorisés à intégrer les prisons ouvertes.

Ensuite il y a des critères plus individuels qui nécessitent des évaluations, notamment la dangerosité du détenu, son parcours pénitentiaire, son volontariat (il faut être volontaire pour intégrer une prison ouverte), son comportement vis-à-vis de l’infraction qu’il a commis ou vis-à-vis des parties civiles.

Je vais vous donner un exemple. En Pologne, pour pouvoir rentrer en prison ouverte, pour les peines de perpétuité, il faut avoir exécuté au moins vingt ans de détention. En France, nous n’en sommes pas du tout à ces réflexions là, mais c’est pour vous donner des critères qui peuvent exister. On peut estimer par exemple que, pour les peines de réclusion criminelle, une exécution de la moitié de la peine en prison fermée pourrait être exigible.

Ce sont des principes qui doivent mériter des exceptions. Chaque cas est particulier et chaque dossier mérite d’être étudié individuellement. Poser ce principe, c’est finalement plus pour arriver à se donner un indicateur chiffré du nombre de détenus éligibles à ce régime que de dire “on exclura d’office tous ceux qui ne remplissent pas ces critères”.

D’après votre étude, combien de détenus seraient éligibles en France ?

Je me suis simplement basé sur les infractions et sur les reliquats de peine qui sont les indicateurs les plus faciles. En ce qui concerne les reliquats de peine c’était supérieur à deux ans et dont les infractions ne remplissent pas certains critères (infractions liées à la criminalité organisée, celles liées à des faits de violences, de dégradations volontaires, les infractions sexuelles qui ne sont pas commises dans le milieu intra-familial…).

Tout ces critères m’ont permis d’estimer à plusieurs milliers le nombre de détenus français éligibles théoriquement à ce régime. En retenant simplement 10% de cette masse comme pouvant être volontaire pour intégrer le régime pénitentiaire ouvert, j’ai estimé que l’on pourrait ouvrir assez aisément trois ou quatre nouveaux établissements pénitentiaires de ce régime. Chacun pouvant accueillir 150 détenus.

Vous parlez de volontariat, pouvez-vous m’en dire plus sur ce point ?

Le régime des prisons ouvertes fonctionne avec des contraintes non-négligeables. Devoir se lever le matin à 6h30 pour aller couper des sternes de bois, comme c’est le cas par exemple à Casabianda, tous les détenus ne sont pas prêts à le faire. Il y a des détenus qui considèrent que passer vingt-trois heures sur vingt-quatre dans l’oisiveté est parfois plus acceptable que de devoir travailler toute la journée.

C’est quelque chose d’inquiétant pour une société comme la nôtre d’avoir des individus autant désocialisés et autant marginalisés par rapport aux canons des comportements sociaux que l’on est en droit d’attendre mais c’est la réalité. Notamment dans des public plus jeunes et qui n’ont jamais véritablement eût accès à une activité économique, à un travail.

Aller en prison ouverte c’est accepter de travailler, d’avoir des horaires, d’avoir parfois des objectifs de production et le plus souvent (et c’est un facteur de resocialisation) de travailler en équipe avec des responsables qui vous donnent des obligations et qui vous responsabilisent. Tous ces facteurs là font qu’il y a des détenus qui disent “moi ça ne m’intéresse pas”.

Est-ce un modèle d’établissement compatible avec le champ pénitentiaire français ?

Le fait que Casabianda existe, le prouve. Sinon on en n’aurait aucune. Elle existe depuis soixante ans et depuis soixante ans il y a eu d’autres expériences ouvertes qui ont duré plusieurs années, voire plusieurs dizaine d’années.

Notre champ pénitentiaire est adapté à ce type d’établissement. Les choix politiques ont été simplement différents d’un pays à l’autre en Europe et nos choix politiques ont été le plus souvent de favoriser l’exécution des peines en milieu ouvert et non pas en prisons ouvertes. C’est la nuance qui explique que certains pays ont plus adopté les prisons ouvertes que d’autres. Si l’on ajoute à ça un fond culturel qui favorise ce modèle dans les pays du nord de l’Europe et vous comprenez pourquoi la France est passablement en retard par rapport à la moyenne européenne.

Sur le plan réglementaire, il y aurait quelques modifications qui rendraient le développement plus facile mais encore une fois s’il y avait des obstacles, Casabianda ne pourrait pas fonctionner.

Une distinction qui existait par le passé faisait que les centres de détention en régime ouvert étaient distincts des centres de détention en régime fermé dans le code de procédure pénale. Rétablir cette distinction mettrait en exergue qu’il y a deux types de prisons d’exécution de peine qui peuvent exister sur le territoire français.

Faire également un travail de dépoussiérage de certains articles du code de procédure permettrait de réadapter notamment l’utilisation des moyens de sécurité dans les prisons. Mais objectivement, si Casabianda existe, il n’y a pas d’obstacle ni légal, ni réglementaire au fonctionnement des prisons ouvertes en France.

Peut-on comparer le PSE (Placement sous Surveillance Électronique) et prisons ouvertes ?

C’est une question de profil. On peut considérer que certains individus sont plus aptes à réintégrer tout de suite le milieu ouvert et que d’autres pourraient passer par le sas de la prison ouverte avant de réintégrer la vie libre. La prison ouverte s’entend comme une étape entre le régime fermé et le monde libre. Elle est parfois même la base d’aménagements de peine.

C’est d’ailleurs son origine institutionnelle. Quand, au milieu du XIXieme siècle, Walter Crofton institue la prison ouverte dans le régime pénitentiaire irlandais, c’était la base de la libération conditionnelle. Un libéré conditionnel ne pouvait obtenir ce type de libération là qu’à condition d’être passé par le troisième degré pénitentiaire qui était une prison ouverte.

Aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’un modèle est mieux ou moins bien que l’autre entre le PSE ou la prison ouverte. C’est simplement en fonction d’un profil de détenu. Il faut le plus possible diversifier les offres d’exécution de peine pour que chaque individu trouve celle qui est la plus adapté à son profil.

Votre étude est sortie au printemps dernier, qu’en est-il en terme de volonté politique depuis ?

L’ancien secrétaire d’État à la Justice, Jean-Marie Boeckel, a missionné l’administration pénitentiaire pour lui faire des propositions concrètes. À l’horizon 2015 – 2017, il y a un nouveau programme immobilier et c’est dans le cadre de ce programme que l’administration pénitentiaire a proposé d’inclure les prisons ouvertes.

Actuellement, elle travaille sur l’élaboration d’un modèle d’interprétation à la française des prisons ouvertes pour qu’à l’horizon 2015 – 2017, un, deux ou trois établissements voient le jour avec ce fameux régime pénitentiaire ouvert, qu’ils soient autonomes ou rattachés à une prison fermée.

Immersion dans les derniers établissements pénitentiaires

Immersion dans les derniers établissements pénitentiaires

La maison d’arrêt du Mans-Les Croisettes lors de son inauguration le 21 novembre 2009. La construction de ce nouvel établissement pénitentiaire a permis la fermeture de la maison d’arrêt du Mans, construite en 1634. Cette dernière pouvait accueillir jusqu’à 62 prisonniers, mais son taux d’occupation avait dépassé les 200% ces dernières années. La maison d’arrêt d’Alençon a également fermé ses portes en janvier 2010. Installée depuis 1824 dans l’ancien château des ducs d’Alençon, celle-ci avait une capacité d’accueil de 40 places pour un taux d’occupation supérieur à 150%

Construite dans le cadre du programme «13.200» (places de détention supplémentaires, ndlr) adopté en septembre 2002, la maison d’arrêt du Mans-Les Croisettes a ouvert ses portes en janvier 2010. D’une capacité d’accueil de 400 places, elle dispose de 330 places en maison d’arrêt hommes, 40 en «quartier semi-liberté» et 30 en «quartier arrivants». 191 personnes encadrent quotidiennement les détenus de cet établissement.

D’une capacité de 690 places, le centre pénitentiaire pour hommes de Rennes-Vézin est entré en fonction en mars 2010. Selon le programme de construction «13.200», les cellules de détention mesurent en moyenne 10 m². Elles sont systématiquement équipées d’un coin sanitaire cloisonné, comportant notamment une douche, dans le but de préserver l’intimité du détenu. Tous les établissements pour peines sont également dotés de trois ou quatre unités de vie familiales. Des petits appartements qui permettent aux détenus, selon certaines conditions, de recevoir des membres de leur famille sur une période pouvant s’étendre jusqu’à trois jours.

Le centre pénitentiaire de Roanne, ouvert le 26 janvier 2009. Le programme «13.200» a mis l’accent sur l’amélioration des conditions de travail et la sécurité du personnel pénitentiaire. La visibilité entre les postes des surveillants a ainsi été accrue pour permettre aux agents de veiller les uns sur les autres. «On a tout sacrifié à la sécurité dans ces prisons et on a oublié le reste, notamment les relations humaines, a déploré le contrôleur général des prisons dans son rapport 2010. On a multiplié le béton, les grilles de séparation, à tel point qu'entre le tiers et le quart des détenus se rendant à un rendez-vous médical ou une activité n'y arrivent jamais». Du fait de leur grande taille, les nouvelles prisons contribuent en effet à rallonger les temps de trajet. A tel point que les prisonniers seraient parfois obligés de rebrousser chemin, l'heure de leur rendez-vous étant dépassée.

Les parloirs réservés aux familles dans le centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan. Ouvert le 7 décembre 2008, cet établissement peut accueillir jusqu’à 698 détenus pour 269 encadrants. Cette nouvelle prison a permis la fermeture de la maison d’arrêt de Mont-de-Marsan, construite entre 1807 et 1809 et d’une capacité d’accueil de 85 places pour un taux d’occupation supérieur à 100 %.

Les bâtiments de détention du centre pénitentiaire de Saint-Denis de la Réunion, qui peut accueillir jusqu’à 574 détenus et 286 personnels pénitentiaires. Il est doté d'un quartier maison d'arrêt hommes, d'une maison d'arrêt femmes, d'un centre de détention pour femmes, d'un quartier mineurs, d'un quartier de semi-liberté et d'un quartier arrivants, où sont accueillis les nouveaux détenus le jour de leur entrée en prison.

Chaque établissement construit depuis 2002 comporte un terrain de sport extérieur, comme ici au centre pénitentiaire de Saint-Denis de la Réunion. D’autres installations ont également été développées dans chacune des nouvelles prisons: salles d’activités, bibliothèques, gymnase, salles de cours et de formation ou bien encore ateliers de travail. À l’extérieur de l’enceinte, on trouve aussi un bâtiment d’accueil pour les familles et les visiteurs des détenus. 

Vue éloignée du centre pénitentiaire de Saint-Denis de la Réunion, mis en service le 12 décembre 2008. Conséquence de son ouverture: la fermeture de la maison d’arrêt de Saint-Denis «Juliette Dodu», ancien comptoir du XIXe siècle transformé en établissement pénitentiaire en 1876. Son taux d’occupation était supérieur à 200 %. 

Vue la nuit du quartier d'hébergement du centre pénitentiaire de Saint-Denis de la Réunion. Dans son deuxième rapport annuel rendu public en mars 2010, le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, s'est déclaré «très pessimiste» sur les nouvelles prisons. Leur conception est, selon lui, de nature à favoriser une hausse de l'agressivité et de la violence. Il a notamment préconisé une réduction de la dimension des futurs établissements avec «150 à 200 détenus» maximum. Un chiffre au-delà duquel «la relation entre détenus et surveillants se perd», écrit-il dans son rapport.

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