Prisons - La gestion privée coûte cher à l'État... et aux détenus !

Prisons - La gestion privée coûte cher à l'État... et aux détenus ! 

La Cour des comptes a publié un rapport dans lequel elle s'inquiète des conséquences de la gestion public-privé des prisons. Il y a maintenant un peu plus de vingt ans que, en 1987, le gouvernement avait fait passer un appel au secteur privé pour construire et cogérer les établissements pénitentiaires afin, disait-il, de résoudre le problème de la surpopulation carcérale.

Un bilan fait à cette époque montrait que 51 000 prisonniers s'entassaient dans des prisons souvent vétustes et prévues pour 32 500 personnes. Plus de vingt ans après, le problème de la surpopulation est loin d'être réglé - le taux de surpopulation est de 131 %, ce qui situe la France au 24e rang des 27 pays de l'Union européenne. Par contre, un certain nombre d'entreprises privées ont pu faire leur beurre en tant que constructeurs de prisons ou fournisseurs de prestations, comme la cantine ou les activités - travail et formation professionnelle - qui sont ensuite « louées » à l'administration pénitentiaire, celle-ci restant publique.

Si, aujourd'hui, un tiers des prisons fonctionnent sous régime mixte public-privé, la moitié devraient être concernées par ce régime d'ici à 2012. On retrouve les grands noms du bâtiment sur ce marché d'autant plus intéressant que l'État est bon locataire : Bouygues, Dumez, Eiffage, entre autres. D'autres, comme Sodexho, sont déjà des habitués de ces contrats profitables dans les collectivités et les établissements publics.

Ce ne sont pas de nobles sentiments citoyens qui motivent ces grandes entreprises, même si Siges, filiale de Sodexho, qui cogère sept prisons du nord de la France, met en avant son « approche éthique et sociale ». Le coût de la gestion déléguée a progressé de 13 % de 2006 à 2008 et la part des loyers versés aux prestataires privés est passée de 139,7 à 215,6 millions d'euros entre 2006 et 2009, engloutissant à elle seule 36,5 % des crédits de fonctionnement de l'administration pénitentiaire.

De même pour les « services » : le rapport de la Cour des comptes constate une grande différence des coûts de la formation professionnelle : une heure revient à 7,28 euros en gestion publique, tandis qu'elle passe à 17,23 euros en gestion déléguée !

Quant à la gestion des cantines, le rapport dénonce la persistance « d'écarts de prix injustifiables » sur les mêmes produits : le pot de Nutella que l'on trouve à 2,34 euros dans le commerce est ainsi facturé de 2,40 euros à 4,16 euros suivant les prisons.

Gérées ou cogérées par de grandes entreprises selon la loi du profit, les prisons françaises - qui avaient été notamment condamnées par la Cour européenne des droits de l'homme en 2008 - n'ont pas fini de se faire épingler pour les conditions de vie déplorables qu'elles imposent aux détenus et pour leur plus grande capacité à engendrer la récidive que la réinsertion.

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