Prison: les aménagements de peine pour relever le défi de la récidive

Prison: les aménagements de peine pour relever le défi de la récidive

PARIS — Un détenu qui travaille le jour en entreprise, dort le soir en prison ou chez lui avec bracelet électronique: le développement des aménagements de peine doit relever le défi de la prévention de la récidive et non être une simple solution à l'engorgement des prisons.

Depuis 2002, le nombre d'aménagements de peine a quasiment été multiplié par deux en France.

La mise en oeuvre de la loi pénitentiaire va accentuer la tendance: le volet sur les aménagements de peine, dont les décrets d'application ont été publiés jeudi, prévoit que tous les condamnés ayant deux ans de détention à effectuer, contre un an aujourd'hui, peuvent bénéficier de ces mesures, sauf les récidivistes.

La loi instaure également un droit au port du bracelet électronique pour les détenus condamnés à cinq ans de prison maximum, auxquels il ne reste plus que quatre mois de détention.

L'administration pénitentiaire "table sur un triplement du stock d'aménagements de peine sous écrou entre 2009 et 2012", note un rapport de la Cour des comptes publié cet été.

"L'idée que les gens ne sortent pas de prison sans projet est une bonne chose. Les études sur ce sujet ont montré que les condamnés passés par l'aménagement de peine récidivent moins que les autres", note Ludovic Fossey, juge d'application des peines (JAP) à Créteil, à l'instar de tous les acteurs du monde judiciaire.

Mais les professionnels notent aussi que la qualité de l'accompagnement prodigué aux condamnés est déterminante pour la réussite d'un aménagement. Cet accompagnement est du ressort des JAP, et des services pénitentiaires d'insertion et de probation (SPIP) qui suivent les condamnés au quotidien.

"Travailler sur la recherche de logement, d'emploi, la formation, le cadre affectif d'une seule personne est un travail de titan, alors imaginez ce que ça donne pour des dizaines", note Samuel Azé, de la CGT personnels d'insertion. Or le nombre de dossiers suivis par un conseiller d'insertion et de probation varie, selon les services, de 60 à 180, note le rapport de la Cour des comptes, décrivant des "ressources humaines précaires et tendues".

"Cette question des moyens nous inquiète très, très fortement", confie Sophie Desbruyères, secrétaire générale du Snepap-FSU (conseillers d'insertion). "Les SPIP sont déjà débordés, je ne sais pas comment ils vont faire", observe M. Fossey.

Le nombre de personnels n'est pas seul en cause, note M. Azé: "on manque cruellement de structures d'hébergement, de places en formation, en soin, qui seules donnent du sens à l'aménagement de peine".

A cet égard, l'instauration du droit d'accomplir les derniers mois de détention sous surveillance électronique est insuffisant, déplore l'association nationale des JAP (ANJAP). "Cette surveillance ne sera conditionnée à aucun projet de réinsertion. Cela permettra juste au détenu de coûter moins cher qu'en prison et de libérer une place", déplore un juge parisien.

Et comme les "personnes présentant un risque de récidive" seront exclues du dispositif, "on va aboutir à une situation absurde: les détenus dont la sortie a le plus besoin d'être préparée n'auront droit à rien", poursuit-il. Dans un contexte de surpopulation carcérale, certains professionnels craignent que le développement des aménagements ne se réduise à une gestion plus quantitative que qualitative des détenus.

A poursuivre ces deux objectifs à la fois, et faute de moyens adéquats, le ministère de la Justice "court le risque de manquer celui relatif à la prévention de la récidive, voire de n'en atteindre aucun", constate la Cour des comptes.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site