les conséquences du surpeuplement dans les prisons

Les conséquences du surpeuplement

On sait que les prisons sont, depuis plusieurs années, surpeuplées, ou plus exactement que les

maisons d’arrêt, censées recueillir les prévenus (et où se trouvent aujourd’hui une majorité de

condamnés), ont pour beaucoup des taux d’occupation qui ont été souvent mis en avant.

Il importe de bien saisir les conséquences de cette situation.

Elle se traduit évidemment par un inconfort plus grand pour les personnes intéressées. On a

évoqué souvent le matelas par terre : ce matelas qui rend impossible tout mouvement au sein de la

cellule lorsqu’il est sur le sol (dans la journée, il arrive qu’il soit placé à la verticale), sauf à marcher dessus. Mais il est bien d’autres dégradations de la vie matérielle. On peut mentionner

aussi, par exemple, les trois lits superposés : dans cette hypothèse, une cellule de moins d’une

dizaine de mètres carrés n’autorise pas les trois détenus à être debout en même temps ; il faut que

l’un d’eux soit sur son lit et, comme la distance verticale entre deux lits est faible, il n’est pas assis

mais couché. Prendre un repas à trois sur une table minuscule n’est pas imaginable ; d’ailleurs,

dans la majorité des cas, il n’y a que deux tabourets (comme aussi deux – petits – placards). On

reviendra sur ce point dans les développements du chapitre 4 relatifs à l’intimité.

Le surencombrement concerne aussi tout ce qui se passe en dehors de la cellule. En particulier,

comme le volume d’activités ou de travail n’augmente pas à due proportion, le pourcentage de

détenus qui travaillent ou de ceux qui font du sport… diminue. Corollairement, les listes d’attente

s’allongent. Les revenus rapportés à la population carcérale baissant, ce que l’administration

pénitentiaire appelle l’indigence (la pauvreté) s’accroît, avec d’ailleurs quelquefois des difficultés

accrues à y faire matériellement face. Les équipements sont sur-utilisés (cuisines) alors que dans

beaucoup de maisons d’arrêt anciennes ils sont vétustes, notamment s’agissant des réseaux des

fluides. Les prisons sont aussi des lieux où l’on réalise des travaux, souvent en urgence, mais où le

surpeuplement rend plus difficile les aménagements nécessaires (comment remettre en état des

cellules sans cesse occupées ?).

Ces situations engendrent sans aucun doute des situations d’attente et de frustrations. Par

exemple, puisqu’il y a davantage de détenus, il y a moins de parloirs pour chacun d’entre eux et

plus d’attente aussi pour les familles. La sélection pour être admis au travail ou dans une activité

est plus rude, mais le « déclassement » de ce travail ou de cette activité peut être aussi une réalité

plus tangible (compte tenu des listes d’attente). Ou encore, dès lors que « l’insertion » au travail

en prison ou dans les activités diverses est un critère déterminant pour les réductions de peine

supplémentaires (RPS) dont l’examen fait les beaux jours de la commission d’application des

peines, le fait qu’un pourcentage moindre de détenus y accède a pour effet mécanique de diminuer

le nombre de ceux qui peuvent prétendre aux RPS. La situation a de lourds effets sur la population

incarcérée et on ne doit pas douter, même si ces tristes événements ont d’autres causes, qu’elle ait

sa part dans les dépressions, les agressions, les suicides ou d’autres manifestations de profond

désarroi. Le risque de décisions expéditives est accru d’autant plus que le personnel connaît de

moins en moins les détenus (on connaît les habitués, ceux qui reviennent une fois, deux fois ou

davantage).

Car cette situation retentit aussi lourdement sur l’exercice des métiers pénitentiaires, dont 

chacun sait qu’il est, en temps ordinaire, difficile. L’accroissement du nombre de détenus

augmente le nombre de mouvements à gérer des cellules vers les cours de promenade, les rendez-vous à l’UCSA, les parloirs, les activités diverses. Il rend plus difficile la lancinante question de

l’affectation en cellule, lorsque l’imprévisible (les détenus dont le comportement n’est pas bien

connu) est lourd et la marge de manœuvre des espaces disponibles faible25. Il augmente, avec

l’insatisfaction, les risques de violence de détenus, tournée contre soi ou contre autrui. Le nombre

de détenus augmente ainsi les risques d’erreurs, de face à face intempestifs, de rendez-vous

manqués. Le surpeuplement rigidifie le système tout en le faisant tourner en « surrégime ».

Guère de lieux ou de moments de tranquillité (sauf parfois le quartier des mineurs, s’il est isolé, et le quartier de semi-liberté, vide pendant la journée) : agitation, vacarme, qui se poursuit souvent la

nuit, où l’on communique d’une cellule à l’autre. Surveillants, conseillers d’insertion et de

probation sont sollicités en permanence, obligés de faire front à des échéances multiples et

simultanées, sans reconnaissance si les choses se passent bien, mais avec à coup sûr des réactions dans le cas inverse.

Beaucoup ont cette conscience de ne pas accomplir de manière satisfaisante

leur travail. Perception aussi que la multiplicité des tâches rend aléatoire l’accès à la formation

continue ou à d’autres avantages. Certaines fonctions connaissent une rotation des effectifs élevée

et l’expérience, très nécessaire en détention, peut se perdre. Cette usure des personnels s’applique

aussi aux cadres des maisons d’arrêt qui le font savoir. Les mutations, les retraites, les congés de

maladie deviennent, comme dans toutes les professions soumises à rude épreuve, une manière de

gérer sa carrière.

Certes le surpeuplement, qui tend à devenir fréquent en Europe26, ne suffit pas à décrire la

situation carcérale, dont la vérité subsisterait même si la population des détenus revenait à un

volume compatible avec le nombre de places. Mais il en aggrave nettement les traits, donc les

conditions d’exécution des peines des détenus et les conditions de travail des personnels,

aggravant la tension entre les uns et les autres.



 

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