En prison, la télé est souvent hors de prix

En prison, la télé est souvent hors de prix

D'un établissement à l'autre, la location d'un poste peut coûter jusqu'à sept fois plus cher. Les associations qui encaissent l'argent manquent singulièrement de transparence.

L'entrée de la télé en prison date de 1985, juste avant la coupe du monde de football. Robert Badinter, le garde des Sceaux de François Mitterrand a en tête d'aider les détenus à maintenir le contact avec l'extérieur. « La prison est un monde clos [...] On oublie que le détenu est voué à en sortir, il faut l'y préparer », explique-t-il.

Il veut des télés gratuites. Mais l'argent manque. Il se tourne vers une formule « transitoire » les téléviseurs seront achetés par des associations qui les loueront aux prisonniers. Depuis vingt-cinq ans, le transitoire n'en finit pas de durer.

Chaque association fixe son tarif de location comme elle l'entend. Et les différences sont considérables d'une prison à l'autre. « C'est un système illégal et inique », s'enflamme François Korber, ancien détenu, aujourd'hui aux commandes de l'association Robin des Lois (1). En guerre contre le « racket des télévisions en prison », il dénonce : « Si vous êtes à Mont-de-Marsan, vous allez payer 6 € par mois, et si vous êtes à Épinal, 41 €. »

À Fleury, 800 000 € de cagnotte

Cet été, la Cour des comptes s'est à nouveau émue des « conditions contestables de mise à disposition des téléviseurs dans les établissements pénitentiaires ». Le ton est policé, la démonstration implacable. Non, les détenus ne sont pas traités à égalité. Oui, l'argent collecté par les associations est géré « dans des conditions opaques ».

Ces associations, présentes dans chacune des 196 prisons françaises, interviennent dans les domaines socioculturels et sportifs. « Le problème est que les détenus ne sont pas associés à leur gestion », regrette Marie Crétenot, à l'Observatoire international des prisons (OIP). Aux manettes, on trouve des surveillants ou des intervenants extérieurs. Qui agissent sans beaucoup de contrôles. D'où, parfois, des dérapages.

Cet été, un surveillant du centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand (Saône-et-Loire) a été condamné pour avoir détourné 90 000 €. Au printemps, le président de l'association de Fleury-Mérogis a été écarté par la Chancellerie. Il avait amassé une cagnotte de 800 000 €, dont les prisonniers voyaient rarement les bienfaits.

Réforme dans les tuyaux... depuis 2006

Car, petit sou par petit sou, ce sont des sommes considérables qui sont amassées par ces associations : huit millions d'euros par an pour la location des téléviseurs, selon la Cour des comptes. C'est vrai que la télévision est très présente dans l'univers carcéral : plus de 35 000 postes en service, soit près d'un poste pour deux détenus. Souvent allumée du matin au soir, elle rythme la vie de la cellule dans les maisons d'arrêt.

En 2006, lors d'un débat à la radio avec Robert Badinter, Pascal Clément, alors ministre de la Justice, avait assuré qu'une réforme était « dans les tuyaux ». À l'évidence, elle s'y trouve encore.

Récemment, le porte-parole adjoint de la garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, a reconnu qu'il y avait des « différences trop importantes » dans les tarifs pratiqués, que ce n'était « pas acceptable ». La ministre aurait réclamé « un état des lieux complet pour tout remettre à plat ».

À ce jour, la principale avancée vient des sociétés de droit privé qui gèrent un tiers des prisons en France. Elles ont harmonisé leurs tarifs : la télé dans sa cellule chez Bouygues ou Eiffage, c'est maintenant 18 € par mois. Crainte de Marie Crétenot (OIP) :« Qu'elles se rattrapent ailleurs, sur la nourriture par exemple. »

À Fleury-Mérogis, le tarif est passé de 35 € par mois à 5 € par semaine. Une amélioration. Mais, malgré l'indécent pécule amassé par l'association gestionnaire, malheur à celui qui ne peut pas payer. Dans une note, que s'est procurée Robin des Lois, le directeur prévient : le détenu qui s'opposerait « d'une manière ou d'une autre » à ce qu'on lui retire son poste, s'en verrait privé pour une durée « fixée par le directeur du bâtiment ou son adjoint ».


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