48 heures dans la prison "modèle" du Havre

48 heures dans la prison "modèle" du Havre

Reportage au Havre où un établissement moderne a ouvert ses portes en avril dernier dans le cadre d’un plan d’élaboration de 13.200 nouvelles places en prison. 418 détenus y sont actuellement emprisonnés. D’ici février 2011, ils seront près de 700.

Jeudi 14 octobre

9 h 30. « Centre pénitentiaire du Havre », indique un panneau sur la route départementale 6015, peu après la commune de Gainneville (Seine-Maritime). Quelques mètres plus loin, un mirador gris surplombe un talus de verdure. Puis, sur une cinquantaine de mètres, une rangée d’arbres longe la route menant à l’établissement. Là, un surveillant installé derrière une glace sans tain communique par le biais d’un haut-parleur. Après avoir passé le portique de sécurité, une imposante porte se dresse devant le visiteur. Pour la franchir, il faut appuyer sur un bouton et attendre qu’un autre surveillant, lui aussi derrière une vitre, la déverrouille avec son ordinateur. Après quelques secondes, un bruit métallique fend le silence : la porte vient d’être débloquée et laisse entrevoir un bâtiment moderne aux murs blancs. Un peu plus loin, plusieurs grilles. Derrière elles, à une cinquantaine de mètres, les cellules.

10 h 30. Encore des portes. Six au total. Que l’on soit visiteur ou membre du personnel, le système est le même : il faut toujours attendre qu’un surveillant vous ouvre avec un ordinateur. Cette fois-ci, ce sont les surveillants du poste central d’informations (PCI), qui exécutent cette tâche. Le reste du temps, ils ont les yeux rivés sur les écrans de vidéosurveillance. En tout, 250 caméras sont disséminées dans l’établissement. « Il faut être vigilant et réactif », indique un gardien qui, avec ses collègues du PCI, gère aussi les trousseaux de clés déposés ou récupérés par les autres surveillants. C’est également ici que les indispensables talkies-walkies utilisés par les « matons » sont rechargés.

11 heures. Une autre porte, puis une seconde, mènent au « rond-point ». A partir de là, plusieurs entrées possibles : celles vers la maison d’arrêt, le centre de détention… ou le terrain de football. Toutes les fenêtres sont équipées de barreaux et d’un grillage afin d’éviter les « yo-yo » – les échanges d’objets entre cellule. Une troisième porte mène aux ateliers. Là, une quarantaine de détenus, répartis en petits groupes, y travaillent toute la matinée. Certains emballent des paquets de cookies, d’autres suivent une formation en maçonnerie. Les places sont rares, la liste d’attente bien remplie.

14 h 30. Gilles Capello, le directeur de la prison, dirige une commission de discipline, assisté du chef adjoint de la détention et d’un surveillant. Les trois hommes siègent dans une salle coincée entre le quartier disciplinaire (QD) et le quartier d’isolement (QI). C’est au « QD », le « mitard », que risquent d’être enfermés les deux détenus convoqués aujourd’hui. Le premier, debout face au directeur et à ses assesseurs, est soupçonné d’avoir écrit une lettre à caractère pornographique à la directrice adjointe. Il nie les faits. Après quelques minutes, le directeur lui demande de sortir. Les trois hommes délibèrent quelques minutes et décident de le condamner à sept jours ferme dans le quartier disciplinaire où il est aussitôt conduit. Un deuxième détenu fait son entrée dans la salle. Cinq faits lui sont reprochés, dont « insultes à un surveillant » et « introduction d’un téléphone portable et d’argent » dans l’établissement. Lui écopera de 8 jours ferme.

16 h 30. 
Direction « l’hôpital » : l’unité de consultations et de soins ambulatoires (UCSA). Ici, les détenus deviennent des patients. Ils viennent chercher leur traitement et consulter infirmiers ou médecins. Quotidiennement, ils sont 200 à passer par là. Actuellement, la moitié d’entre eux sont sous traitement. La responsable de l’unité travaillait précédemment à la maison d’arrêt du Havre. L’équipe médicale était alors directement intégrée à la détention, ce qui n’est pas le cas ici. « Avec ce nouvel établissement, on a perdu en convivialité, nous voyons très peu nos collègues, mais il faut s’adapter », explique la responsable. Jean-Paul Chapu, le directeur adjoint de la prison, a fait le calcul : « Pour un détenu situé au 3e étage de la prison, il y a quatorze portes à franchir pour parvenir à l’UCSA. » Le directeur de la prison, Gilles Capello, parle, lui, d’un côté « déshumanisé » de la prison, un peu « froid », comme « dans une grande usine ou un grand hôpital. Mais on va tout faire pour donner de la vie en développant des activités ».

19 heures. 
La nuit est tombée. Au premier étage du bâtiment administratif, un « gradé » fait l’appel des surveillants chargés de la nuit. Ils sont douze, répartis en deux équipes. Les premiers travaillent de 19 heures à 1 heure du matin. Puis de 1 heure à 7 heures, ils seront de « piquet », c’est-à-dire qu’ils n’interviendront qu’en cas d’urgence. Ces jeunes surveillants stagiaires – tous viennent de sortir de l’école – vont effectuer des rotations sur différents postes : le PCI, le mirador, la ronde des feux et l’« œilleton ». Chaque porte de cellule en est équipée.

19 h 15.
 Un nouveau détenu vient d’arriver. Il est enregistré au greffe de la prison. Le greffier lui remet une carte magnétique avec sa photo, son nom et son numéro d’écrou. Le détenu place ensuite sa main dans une machine qui enregistre son empreinte biométrique. A chaque fois qu’il se rendra au parloir, son identité sera contrôlée. Accompagné des surveillants, il est ensuite conduit dans sa cellule, au quartier « arrivants » où il restera entre 8 et 10 jours, le temps de prendre ses marques, de rencontrer un conseiller d’insertion et de probation, un médecin. La cellule de 13,5 m2 est équipée de lits superposés, d’une télé, d’une douche et d’un WC. Les surveillants lui remettent un paquetage avec le nécessaire draps, serviette, matériel de toilette et un plat cuisiné réchauffé au micro-ondes.

20 heures. Retour au PCI. A douze, les surveillants et deux supérieurs ont la gestion du centre pénitentiaire. « La nuit, c’est souvent calme », observe l’un d’entre eux. « C’est plus tranquille car nous n’avons pas à sortir les détenus de leur cellule », fait remarquer un de ses collègues. En effet, les surveillants ne disposent pas des clés et ils ont interdiction d’ouvrir les cellules. En cas d’urgence, seul le premier surveillant peut décider de la marche à suivre.

20 h 30. Deux surveillants commencent la ronde de l’œilleton. Ils doivent faire le tour de toutes les cellules de l’établissement pour contrôler que le détenu est bien visible. Parfois, les détenus colmatent l’œilleton avec un bout de papier ou de chewing-gum. Les gardiens crient alors : « Faites un signe SVP ! » La ronde se termine par le quartier disciplinaire (QD) où, ce soir, des détenus se parlent à travers les fenêtres. Seul moment d’agitation dans une nuit très calme.

21 h 30. Les deux surveillants ont une trentaine de minutes pour manger. Ils se rendent dans leur salle de repos. Ils poursuivront leur soirée avec le tour de renfort destiné à observer les détenus à surveiller : ceux qui sont suicidaires ou susceptibles de s’évader…

Vendredi 15 octobre

9 h 30. « Ici, il faut toujours regarder la montre », lance le premier surveillant affecté au parloir. En effet, tout est minuté : le passage aux portiques des familles, la fouille des objets qu’ils amènent au détenu puis leur attente dans une salle avant l’entrée au parloir. Les détenus ont entre deux et trois parloirs de quarante-cinq minutes par semaine. A l’étage, quatre unités de vie familiale (UVF) ont été construites. Il s’agit de quatre appartements réservés aux détenus et à leur famille pour une durée de 6 heures, 24 heures, 48 heures ou 72 heures. Le détenu doit être au centre de détention et doit formuler sa demande par écrit pour pouvoir y accéder. Elle est ensuite examinée en commission. Ce jour-là, un détenu a obtenu un appartement pour 24 heures. Un surveillant part le chercher dans sa cellule tandis qu’un autre récupère la famille à l’extérieur de l’établissement. « C’est bien pour maintenir le lien familial, c’est un peu comme à la maison », confie sa femme en entrant dans la prison. Le détenu les attend déjà dans l’appartement. Ses deux fils lui sautent dans les bras. Des DVD et des jouets pour enfants ont également été déposés par les surveillants. « Dans ces cas-là, on a le beau rôle, on est les gentils », concède l’un d’entre eux.

10 h 30. 
Maison d’arrêt. Ici, les détenus sont jeunes et viennent pour la plupart du Havre et des environs. Dans le bureau de la première surveillante, plusieurs détenus se succèdent pour diverses requêtes. L’un d’entre eux, qui doit sortir d’ici quelques jours, vient demander son contrat de travail. Un autre souhaite changer de codétenu. Ce dernier a connu l’ancienne maison d’arrêt du Havre. Ici, « c’est plus vivable », assure-t-il. Un autre, 20 ans, est actuellement au quartier « sortants ». Il sera libre d’ici deux semaines. Les derniers jours de sa détention, il les a donc consacrés à sa sortie. « Je vais commencer un CAP cuisine dans un lycée, juste à côté de chez moi. Je ne pensais pas que la prison m’aiderait à trouver une formation », confie-t-il. Condamné à huit mois ferme, il explique ne pas s’être ennuyé pendant sa détention grâce aux diverses activités et au sport. Il ajoute : « Je me suis rendu compte du mal que j’avais fait à ma famille, je ne recommencerai pas. » Un autre, 19 ans, est bien moins enthousiaste. Il est en conflit avec les surveillants car il a demandé du travail il y a un mois mais n’a toujours pas eu de réponse. Il a également perdu sa place en sport car il a insulté son professeur qui l’a suspendu deux semaines.

15 h 30. Une séance de relaxation mise en place par le service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP), réservée aux détenus du quartier « arrivants », doit commencer. Mais un détenu qui jouait au basket a coincé le ballon dans le grillage. Il a escaladé le mur pour tenter de le récupérer et s’est fracturé la jambe en tombant. Les pompiers doivent venir le récupérer. La séance est annulée.


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