Pas d'accord pour vider les miradors

Pas d'accord pour vider les miradors

 

Symbole pour eux d'un « budget de misère de l'administration pénitentiaire », les surveillants des prisons de Moulins-Yzeure tombent de haut en entendant parler de vider des miradors.

Le ministère de la Justice a beau préciser que le projet de fermeture d'une trentaine de miradors ne concernera "qu'une poignée" de prisons en France. Et plutôt les plus anciennes, en centre-ville. Les surveillants du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure s'affligent : « C'est le symbole d'un budget de misère, assène Éric Colin, délégué CGT. On ferme les miradors pour récupérer quelques surveillants et on remplacera par des caméras qu'on fera gérer par les copains du privé ».

Le ministère annonce pourtant un budget en hausse de 4,15 %, à 7,1 milliards d'euros, dont 2,8 milliards pour la pénitentiaire : « Mais c'est tout pour le béton, rien pour les hommes. Le ministère prétend qu'il va créer 430 postes. Or, dans le même temps, il veut affecter trente agents à la garde du ministère, des centaines d'autres pour deux nouvelles prisons à Lille et Réau, et encore des centaines pour les escortes ».

Deux directions régionales doivent en effet expérimenter le remplacement des escortes police et gendarmerie par des surveillants : « Ils prévoient 800 agents là où il y a 3.000 policiers ou gendarmes. Au bas mot, tous ces projets pour 2011, ça représente 1.500 personnes. Avec les 430 annoncées, on en est loin, d'où cette idée stupide de vider les miradors ».

Un mirador mobilise sept personnels par roulements de deux ou trois heures. Les 210 postes ainsi économisés nous coûteraient très cher en sécurité ».

En face de la centrale réservée aux longues peines et aux détenus dangereux, la maison d'arrêt fonctionne avec deux miradors, rappelle Younès Mellakh (Ufap-Unsa) : « On vient d'achever le chantier de surélévation à 12 mètres des miradors de la centrale, pour 400.000 ? pièce, et on fermerait ceux d'en face, sous prétexte qu'ils sont inutiles ? C'est consternant ! Surtout à Moulins où la maison d'arrêt, sans filin anti-hélico, accueille régulièrement des gros calibres. Un terroriste ou un tueur en série, tant qu'il n'est pas définitivement condamné, ne peut pas aller en centrale ».

Et Moulins-Yzeure a déjà expérimenté l'utilité des miradors à la maison d'arrêt, se souvient Éric Colin : « C'était en juin 2000. Karim Tahir, organisateur de l'évasion de trois détenus en hélicoptère, avec prise d'otage du pilote, a fait passer des scies par l'angle mort, l'un des deux sans mirador, côté rue de l'Arsenal. D'ailleurs, depuis, on réclamait un mirador supplémentaire à la maison d'arrêt. Et qui paiera l'addition ? Les personnels encore plus exposés, mais aussi le public : les évadés, on l'a vu en février 2009, prennent aussi des otages à l'extérieur ».

Le troisième mirador réclamé n'a jamais été construit. Les effectifs supplémentaires promis après la prise d'otage à l'intérieur de la centrale, en 2003, n'ont pas été affectés. Et Arnaud Routtier (FO) ne se fait pas d'illusions : « On annonce la fermeture des prisons de Nevers, Montluçon et Aurillac. Le nouveau centre pénitentiaire de Clermont n'absorbera pas tous ces détenus. Qui va encore trinquer ? Moulins a beaucoup souffert des révoltes de ses détenus. À force, ce seront les surveillants qui se révolteront ». 

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