La grogne des gardiens de prison

La grogne des gardiens de prison

Fer de lance de la colère du monde judiciaire contre le manque de moyens, les personnels de l’administration pénitentiaire appellent, aujourd’hui, au blocage des prisons.

Les portes du pénitencier resteront bloquées. À défaut de pouvoir faire grève, les personnels de l’administration pénitentiaire se mobilisent aujourd’hui, pour la deuxième fois en moins d’un an, contre l’indigence 
de leurs moyens. À Fleury-
Mérogis, comme partout ailleurs, la surpopulation carcérale est gérée par des équipes en sous-effectif. « Un surveillant a en charge entre 80 et 90 détenus, ce qui est loin de la norme : un surveillant pour 30 détenus », informe Céline Verzeletti, de la CGT pénitentiaire, un syndicat signataire, avec FO, la FSU et la CFDT, de l’appel au blocage d’aujourd’hui. Et qui ne doute pas que le syndicat majoritaire, l’Ufap-Unsa, rejoindra le mouvement, compte tenu de la situation dans les prisons.

Les périodes de formation supprimées

« Déjà, en 2004, un rapport pointait un manque de près de 4 000 postes », reprend la syndicaliste. Quand les surveillants ne doivent pas remplacer le personnel administratif manquant, les plus jeunes se voient privés de leurs périodes de formation. Ramirez Feliz travaille au bâtiment D2 et se voit imposer, comme l’ensemble de ses collègues, « entre trente et quarante heures supplémentaires par mois ». Et regrette que « sa mission de préparation à la réinsertion et de prévention de la récidive passe à la trappe ».

Deux surveillants pour 500 détenus

La révision générale des politiques publiques (RGPP) et le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux ont parfois des conséquences dramatiques. « À Fleury, il y a deux surveillants pour assurer la promenade de 500 détenus répartis dans deux cours, relate Maxime Cessieux, secrétaire général du Syndicat des avocats de France (SAF). Du coup, en cas de bagarre, les surveillants ne peuvent intervenir pour des raisons de sécurité. S’il s’agit de coups de poing, ça peut aller, mais des fois, les coups sont portés avec des boîtes de conserve de thon glissées dans des chaussettes… »

Conseillère d’insertion et de probation, Charlotte Cloarec, syndiquée au Snepap-FSU, est elle aussi révoltée. Avec ses collègues éducateurs, elle ne peut plus faire face à l’afflux de justiciables condamnés à des peines de moins de six mois. « Le gouvernement souhaite faire des économies de moyens ? Parlons-en ! Quel est l’intérêt d’incarcérer des personnes pour un mois ? Le problème, c’est la politique pénale actuelle. »

Du bout de l’impasse qui mène à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, des grues de construction dépassent les miradors. Les rénovations du plus grand centre pénitentiaire d’Europe renforcent provisoirement la surpopulation carcérale et obligent les surveillants à contrôler tout ce qui entre et sort du site. Sans renforts, leur charge de travail a encore augmenté. Au Mans, à Lille, à Roanne, de nouvelles prisons, pouvant incarcérer 800 âmes, ouvrent sans les personnels nécessaires, obligeant l’État à confier de plus en plus de missions à des entreprises privées. « Ces projets immobiliers représentent plus de la moitié des budgets du ministère », explique encore Céline Verzeletti. De quoi relativiser la hausse de 4,15 % du budget de la justice en 2011, dont se gargarisait, il y a peu, Michèle Alliot-Marie.

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