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Prisonniers – Les mesures de rapprochement ne convainquent pas

Prisonniers – Les mesures de rapprochement ne convainquent pas

Le 15 octobre 2010 [11h15] : (Unità Naziunale, www.unita-naziunale.org– Corse – Lutte de Masse) Une centaine de personnes se sont rassemblées devant la caserne de la gendarmerie de Montesoro, à Bastia, le 2 octobre, à l’appel des organisations de soutien aux prisonniers corses incarcérés sur le continent, l’association Sulidarità et la Commission antirépressive (Car). Objectif : exprimer leur désaccord après les annonces faites par Michèle Alliot-Marie concernant le rapprochement des détenus. « Je ne suis pas fort en Maths, ni en Géographie, mais je sais que l’addition 28 + 20 ne fait pas 150 et transférer les longues peines à Arles ne représente pas un rapprochement géographique », tempête Jean-Philippe Antolini, un des responsables de la Car.

Une cinquantaine de prisonniers dits politiques et une centaine de personnes condamnées pour du droit commun sont incarcérés dans les prisons de l’Hexagone. Sur les murs de la gendarmerie de Montesoro tout le ras-le-bol ressenti par l’absence d’avancée significative a été taggé à la bombe. Un cercueil avec les initiales de la ministre de la Justice, « IFF », « Rendez-nous nos otages, « Vous n’êtes pas chez vous », « Sulidarità », « Liberta », … Une bâche bleue portant les mots en rouge « Tutti è subitu » a été tendue sur la porte d’accès principale. L’exaspération s’est concrétisée par des jets de bombes agricoles et de fusées de détresse dans l’enceinte ainsi qu’un caillassage du bâtiment de la gendarmerie. « Des familles sont dans l’attente, dans l’inquiétude et attendent un réel geste fort, regrette l’élue territoriale du groupe Corsica Libera, Josepha Giacometti. L’Etat continue à répondre de manière technique ».

Dix personnes transférées

Lors de la réunion à la Chancellerie le 12 septembre avec les principaux élus corse, Michèle Alliot-Marie s’était engagée à diligenter des travaux pour augmenter la capacité d’accueil de la prison de Borgo de 28 à 48 places d’ici la fin de l’année et de transférer les détenus condamnés à de longues peines au centre de détention d’Arles. Mesures insuffisantes, ont estimé les nationalistes, indépendantistes comme modérés. Le 1er octobre, l’Administration pénitentiaire a annoncé le transfert imminent de dix personnes à Borgo. Mais cette annonce n’a pas convaincu. Aucune précision n’a été apportée sur le profil des prisonniers transférés, par mesure de sécurité. Personnes condamnés pour des faits de terrorisme ? Pour du droit commun ? « Si parmi les dix figure le commando Erignac dans son intégralité, je m’incline. Mais permettez-moi d’en douter… », énonce Jean-Philippe Antolini. Vraisemblablement, un détenu nationaliste en fin de peine ferait partie des ces dix condamnés concernés par cette mesure de rapprochement. « C’est toujours comme ça, les prisonniers les plus proches de la libération conditionnelle sont rapatriés en Corse et on devrait être satisfaits », grogne Dumé Tafani.

Travaux à la prison d’Ajaccio

Par ailleurs, une rumeur faisant état d’une prochaine fermeture temporaire de la maison d’arrêt d’Ajaccio pour subir d’importants travaux de rénovation a achevé d’irriter les organisations de soutien aux prisonniers. Elles craignent que le peu de places disponibles à Borgo soient réservé aux détenus d’Ajaccio et que les condamnés soient transférés sur le continent une fois la prison pleine. « Nos élus ont été roulés dans la farine, dénonce Dumè Tafani. MAM savait que la prison d’Ajaccio allait fermer mais elle n’a rien dit. MAM a menti par omission. MAM n’a fait que des effets d’annonce ».

Pour Sulidarità et la Car le centre pénitentiaire ouvert de Casabianda pourrait régler définitivement l’insuffisance des places pour les détenus corses incarcérés sur le continent. Cet établissement, qui accueille les personnes condamnées pour infractions sexuelles, dispose en effet de 194 places. « S’il y avait une volonté politique, il y a des solutions applicables immédiatement, note Josepha Giacometti. L’Etat a-t-il la volonté politique de régler la question des prisonniers ? Toute la question est là ».

Les organisations de soutien aux détenus et à leur famille ont promis de répéter les actions symboliques jusqu’à ce que tous les prisonniers corses soient transférés dans les prisons de l’île.

Plan prisons / Bachy interpelle MaM

Plan prisons / Bachy interpelle MaM

 

"Pas question de se substituer à l'Etat" pour rénover et sauvegarder la centrale de Clairvaux (Aube) comme la reconstruction éventuelle de la prison de Châlons-en-Champagne (Marne). Dans un courrier adressé à Michèle Alliot-Marie, garde des sceaux, Jean-Paul Bachy, président du Conseil régional de Champagne-Ardenne dénonce "la pure logique comptable de l'Etat et du gouvernement, où tout du moins d’une fuite de responsabilités".
L'élu local tient à préciser à la Ministre que les collectivités, "asphyxiées par une politique recentralisatrice réduisant massivement leur autonomie, ne prendront pas à leur charge ces travaux qui ressortent exclusivement de la responsabilité de l’Etat". (...) "En effet, dans un contexte où le gouvernement ne cesse de transférer ses compétences et ses charges aux collectivités locales tout en leur ôtant toute marge de manœuvre pour faire face à ces transferts non compensés, il apparaît comme tout à fait inique de demander aux collectivités locales d’abonder leur rénovation. Il s’agit là d’une responsabilité de l’Etat dans une de ses fonctions régaliennes la plus importante, à savoir la justice".

 


Valence. Après avoir tué son codétenu, il agresse un surveillant de prison

Valence. Après avoir tué son codétenu, il agresse un surveillant de prison

Il a déjà reconnu avoir tué son codétenu le 3 octobre dernier à à la prison de Valence, dans la Drôme. Un jeune homme de 20 ans est désormais accusé d'avoir agressé un des surveillants de la maison d'arrêt à l'aide de lames de rasoirs.

Un jeune homme était placé dans le "quartier isolement" de la maison d'arrêt de Valence depuis le 3 octobre dernier, jour de la mort de son codétenu. Il a reconnu être l'auteur du meurtre. Il aurait étranglé sa victime, un homme de 33 ans. Vendredi après-midi, lors de la distribution du repas, cet homme de 20 ans, a agressé un des surveillants de l'établissement.
 
"21 points de suture"
"Il lui a porté deux coups de lame de rasoir jetable, au niveau de l'oeil et de la carotide", a indiqué  André Chamma, secrétaire local du syndicat. Le surveillant a dû recevoir "21 points de suture". Il s'est vu prescrire 20 jours d'interruption temporaire de travail (ITT). L'auteur des coups a reconnu les faits sans les expliquer. Il a été transféré à l'Unité hospitalière spécialement aménagées (UHSA), la première unité d'"hôpital-prison" de France, créée à Lyon.

 

"Galinier doit rester en prison", explique l'avocate de Marina, sa victime

"Galinier doit rester en prison", explique l'avocate de Marina, sa victime

 

Avocate au barreau de Béziers, Me Mélanie Braudard défend Marina, 21 ans, qui a été grièvement blessée le 5 août dernier à Nissan-lez-Ensérune (Hérault), en cambriolant un retraité. L’incarcération de ce dernier, René Galinier, 74 ans, provoque la forte mobilisation d’un comité de soutien qui manifeste aujourd’hui. Pour l’avocate, qui révèle des détails inédits sur les faits, la détention du mis en examen est parfaitement justifiée.

Qui sont les deux voleuses de René Galinier ?

Ma cliente, Marina, est une Serbe de 21 ans, qui vivait en Italie avec ses parents. Il y a deux ans, elle est partie avec un jeune homme. La seconde, Sanela, qui n’a pas d’avocat, est une Roumaine née en Italie, qui n’a que onze ans et est toujours hospitalisée à Montpellier. Elle mesure 1,60 m, mais comme Marina, ce sont de tout petits gabarits. On ignore tout de leur vie ici, ces filles ont été lâchées par tout le monde.

Comment se sont déroulés les faits ?

Elles sont entrées par effraction chez ce monsieur, après avoir sonné à plusieurs reprises : c’était pour vérifier qu’il n’y avait personne à l’intérieur, ce qui montre qu’elles n’avaient pas l’intention de s’en prendre à quiconque. M. Galinier s’est rendu compte de leur présence, il a appelé les pompiers pour les informer que deux femmes rentraient chez lui. A partir de là, au lieu de sortir et d’attendre les gendarmes, il va chercher le fusil et les cartouches, et leur tire dessus. Tout s’est joué en deux minutes : il rentre dans la première pièce, il tire, fait trois pas en arrière, et tire sur la seconde. Puis il recharge son fusil avant de sortir en enjambant Marina.

Dans quel état étaient-elles ?

Les gamines étaient complètement éventrées, avec les intestins dans les mains, à ramper en dehors de la maison. Les coups de fusil ont été tirés à moins de deux mètres : elles ont été éventrées l’une et l’autre. De l’estomac au pubis, tout a été emporté. Les deux victimes disent que chacune a aussi été frappée d’un coup de crosse à la tête, ce qui a été constaté à l’hôpital pour la plus jeune. Pour quelqu’un qui affirme avoir eu très peur, le geste est significatif. Marina est sortie fin septembre de l’hôpital, et est repartie avec ses parents en Italie.

Psychologiquement, comment réagit-elle ?

Elle a eu très peur, elle ne s’est jamais doutée en entrant dans la maison que ça pourrait finir comme ça. Elle n’a plus du tout envie de rester dans la région. Sa plus grande peur est de revoir M. Galinier.

Que pense-t-elle de la mobilisation en faveur de René Galinier ?

Je ne lui en ai pas parlé, car, je pense que se dire qu’on s’est fait tirer comme un lapin et que tout le monde trouve ça légitime, c’est dur à écouter. On n’est pas au Far-West, et le droit à l’autodéfense n’existe pas. Elles n’ont jamais été menaçantes. Il n’y a pas de légitime défense dans ce dossier, car la riposte n’est pas proportionnée à l’attaque. Là, c’est un carnage.

Le placement en détention, c’est l’application de la loi. Qui a-t-il de plus grave qu’une double tentative d’homicide volontaire ? 

On est passé tout près d’un double meurtre, et la valeur la plus protégée par la loi, c’est celle de la vie humaine. Compte tenu de la gravité des faits, c’est une évidence : il doit rester en détention.

Comprenez-vous les réactions de soutien à René Galinier ?

Faut-il débattre de ce que vaut la vie de deux petites Roms ? Si ça avait été celle de deux gamins du village, je suis par certaines que les déclarations n’auraient pas été les mêmes. Ce climat s’intègre dans un contexte qui dépasse ce dossier, qui entraîne énormément de dérives populistes. Je comprends qu’il soit âgé et que la détention ne soit pas facile, mais la loi s’applique à tout le monde pareil. Il y a beaucoup de gens qui sont intervenus sans avoir connaissance du dossier, et contrairement à ce pensent beaucoup de gens, le prévenu, c’est bien M. Galinier. 


Manif à Nissan. Le comité de soutien à René Galinier organise une manifestation cet après-midi, à 14 h 30, à partir de la cave coopérative de Nissan-lez-Ensérune. Par ailleurs, la Ligue du Midi a annoncé jeudi, qu’une cinquantaine de rassemblements seraient mis en place le 16 octobre en France, notamment à Nîmes, Montpellier et Béziers. Un autre rassemblement sera organisé dans un mois, lors d’une prochaine demande de libération de René Galinier.
 

Prisons : la CGT pénitentiaire appelle au boycott

Prisons : la CGT pénitentiaire appelle au boycott

La CGT pénitentiaire Rhône-Alpes Auvergne appelle au boycott des réunions locales et régionales suite à la présentation du budget 2011 par la Direction de l'administration pénitentiaire (DAP). Le syndicat qui craint une réduction importante de postes invite l'ensemble de ses sections à se réunir pour débattre et définir des modalités d'actions.

Cigarettes contre massages : un surveillant de prison mis en examen

Cigarettes contre massages : un surveillant de prison mis en examen

Un surveillant de l’établissement pénitentiaire pour mineurs de Porcheville (Yvelines) a été déféré vendredi au parquet de Versailles. Cet homme de 29 ans avait introduit des cigarettes dans l’établissement qu’il remettait aux pensionnaires contre l’autorisation de pratiquer des «massages» sur les jeunes détenus.

Il a été mis en examen dans l’après-midi pour « atteinte sexuelle sur mineur par personne abusant de son autorité conférée par ses fonctions».

L’affaire a commencé mercredi à la faveur d’un contrôle et d’une fouille de l’établissement. «Les surveillants ont découvert des cigarettes dans les affaires d’un détenu, raconte une source proche de l’affaire. En retour, celui-ci a dénoncé le surveillant comme étant son fournisseur de tabac, tout en affirmant avoir subi des caresses contre cette cigarette». «

Concrètement ce sont des massages des épaules et des pectoraux, ajoute une autre source qui s'interroge sur leur nature pénale. Le caractère sexuel des attouchements n’est pas évident à démontrer car il relève de l’intention de l’auteur ».

Un établissement ouvert en 2008

Le surveillant a été interpellé dans la foulée avant d’être placé en garde à vue au commissariat de Mantes-la-Jolie. Lors de son audition, il a confié aux  qu’il était sujet à des pulsions homosexuelles qu’il tentait de refouler.

Deux autres détenus ont été auditionnés par les policiers qui ont pu établir que ce petit manège durait depuis au moins trois mois. « Le suspect a expliqué qu’il s’était retrouvé pris au piège dans un engrenage. Après avoir fourni des cigarettes à un premier détenu, les autres se sont passé le mot. Ils auraient obligé le surveillant à leur fournir des cigarettes en menaçant de le dénoncer ». La suite de l’enquête permettra d’établir combien de pensionnaires ont bénéficié du trafic et si ces massages avaient un caractère sexuel.

L’EMP de Porcheville est un établissement pour mineurs qui accueille soixante détenus, âgés de 13 à 18 ans. Il a vu le jour au  2008 et a été conçu pour placer l’éducation au cœur de la problématique de réinsertion des adolescents. La direction de l’établissement n’a souhaité faire aucun commentaire.

 

L'administration pénitentiaire embarrassée

L'administration pénitentiaire embarrassée

L'Etat a été condamné à verser des indemnités à des détenus, pour des conditions d'incarcération "indignes".

 

La décision est passée inaperçue, mais elle embarrasse l'administration pénitentiaire. Le 16 septembre, à Poitiers, l'Etat a été condamné, par le juge des référés, à verser des indemnités - de 500 à 2500 euros - à neuf détenus dont l'avocat Me Lee Takhedmit avait dénoncé les conditions d'incarcération, "indignes" selon lui. Alors que certaines prisons françaises font l'objet de critiques récurrentes pour leur vétusté, de telles poursuites se multiplient. Des dizaines de cas sont signalés à Paris, Marseille, Orléans, Caen, Angers, ou encore en Guadeloupe et en Guyane. Sollicitée par L'Express, la chancellerie se dit "sereine". Mais un document dont nous avons connaissance tend à prouver le contraire. Il s'agit d'un mémoire en défense produit par le ministère, le 6 juillet dernier, devant le tribunal administratif de Nantes, lors d'une affaire du même type. Ce texte évoque un "contentieux abondant et nouveau [...] qui devrait encore augmenter dans des proportions inquiétantes". Autrement dit, le ministère redoute bien que les récentes condamnations donnent des idées aux 60 789 détenus du pays. L'auteur souligne les risques d'"appel d'air". Auquel cas, conclut-il, "l'argent public servirait au moins en partie à indemniser plutôt qu'à investir".  


Fin annoncée des miradors dans les prisons françaises

Fin annoncée des miradors dans les prisons françaises 

À l'heure de la vidéosurveillance, leurs personnels seront affectés à d'autres missions. 

Jugés inefficaces en termes de protection et consommateurs en effectifs, les miradors vont peu à peu disparaître des prisons françaises. Le cabinet du garde des Sceaux l'a révélé ce mercredi, suscitant une certaine incompréhension de la part des syndicats de la pénitentiaire.

Force ouvrière parle de «mépris» pour la sécurité. Par la voix de sa responsable, Céline Verzeletti, la CGT-pénitentiaire, de son côté, faisait valoir ce mercredi que cette politique pourrait mettre en danger le personnel. «Déjà qu'on n'arrive pas à assurer une sécurité maximale à l'intérieur comme à l'extérieur des prisons, ça risque de ne pas arranger le problème de faire des économies de personnel» , a déclaré la syndicaliste. Selon elle, il faudra bien des agents pour surveiller l'extérieur des murs des établissements, d'où les proches des détenus jettent fréquemment de la drogue, de l'alcool, des téléphones portables et même des armes à l'intention des prisonniers.

 

200 agents touchés

 

L'entourage du ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, s'employait ce mercredi à dissiper ce «malentendu». D'abord, toutes les prisons ne sont pas concernées, assurent les conseillers de la ministre. La décision ne s'appliquerait, pour l'heure, qu'à une trentaine d'installations. Des miradors où l'on se serait «rendu compte qu'ils n'étaient plus des systèmes de surveillance adaptés», précise la Chancellerie. Parmi les établissements visés, d'anciennes prisons implantées dans les centres-villes, où les nouvelles technologies, telles que la vidéosurveillance, constitueraient, selon un responsable, des moyens «plus efficaces et plus sécurisants pour les personnels».

Au total, cette première vague de suppression de miradors toucherait environ 200 agents de la pénitentiaire, qui seraient donc réaffectés l'an prochain à la «surveillance en détention», précise-t-on au ministère. Il faut sept agents pour occuper un poste de mirador 24 heures sur 24. Dans l'entourage de la garde des Sceaux, on ne cache pas que le projet s'inscrit dans une démarche plus générale de modernisation des établissements. Le porte-parole du ministère l'affirme: «Dans les futurs programmes de constructionde prisons , la plupart des établissements seront sans mirador, à l'image des prisons espagnoles ou néerlandaises qui n'en ont plus depuis longtemps.»

Liu Xiaobo, un Nobel en prison

Liu Xiaobo, un Nobel en prison

 

Depuis 1989 et les événements de Tiananmen, Liu Xiaobo aura passé une bonne partie de sa vie dans les geôles chinoises. Actuellement en prison où il purge une peine de onze ans pour "activités subversives", il a reçu, vendredi, le prix Nobel de la paix 2010.

Aujourd'hui âgé de 55 ans, Liu Xiaobo a choisi la voie de l'activisme politique lors de la répression du mouvement démocratique de 1989. Il se trouve aux États-Unis, où il enseigne à l'université de Columbia, quand éclatent les événements. Revenu en Chine pour suivre le mouvement, il négocie jusqu'à la dernière minute le retrait des étudiants de la place Tiananmen avant l'intervention, ce qui lui vaut une première détention de vingt mois. Après avoir appelé à la libération des autres dissidents, il est de nouveau condamné à trois ans de "rééducation par le travail".

Soutiens internationaux

En 2008, il rédige l'ébauche de la Charte 08, signée depuis par plus de 10.000 Chinois, dont 300 personnalités. Inspirée de la Charte 77 de Vaclav Havel, elle appelle au respect de la Constitution chinoise et à la réforme politique. Mais le 8 décembre 2008, Liu Xiaobo est enlevé à son domicile par la police. Formellement arrêté le 23 juin 2009 pour suspicion d'"incitation à la subversion du pouvoir de l'État", il est condamné, le 25 décembre 2009, à onze ans de prison. 

Sa condamnation provoque alors de nombreuses réactions internationales : l'Organisation des Nations unies se dit "profondément inquiète", l'Union européenne "très préoccupée" par le caractère disproportionné de la condamnation. Les États-Unis demandent sa libération immédiate et la chancelière allemande Angela Merkel est "consternée". Autant de déclarations perçues comme "de grossières ingérences dans les affaires intérieures chinoises", réplique Pékin.

Fin janvier 2010, Hu Jiwei, ancien rédacteur en chef du Quotidien du peuple, Li Pu, ancien numéro deux de l'agence Chine nouvelle, Dai Huang, un ancien journaliste de cette agence, et He Fang, membre de l'Académie chinoise des sciences sociales, adressent une lettre ouverte aux plus hauts dirigeants du Parti communiste chinois. Tous anciens cadres du PCC, ils plaident la cause de Liu Xiaobo et soulignent qu'il lui est surtout reproché d'avoir proposé à la Chine une structure de "république fédérale", ce qui, au regard de l'histoire du PCC n'a rien de subversif. Les auteurs déclarent "Si le juge viole la Constitution et ne connaît pas l'histoire du Parti [...] et produit des accusations fausses et incorrectes, cela ternira sérieusement l'image du pays et du Parti, et il sera difficile de montrer que la Chine est un pays régi par la loi et une société harmonieuse."

Pression sur les autorités chinoises

Le 18 janvier 2010, Liu Xiaobo est nommé pour le prix Nobel de la paix 2010 par Vaclav Havel, le dalaï-lama, André Glucksmann, Vartan Gregorian, Mike Moore, Karel Schwarzenberg, Desmond Tutu et Grigory Yavlinsky. En réponse, le ministère chinois des Affaires étrangères déclare, par l'intermédiaire de son porte-parole Ma Zhaoxu, qu'attribuer le prix à Liu Xiaobo serait "totalement erroné". Le 25 septembre dernier, le New York Times rapporte qu'une pétition soutenant la nomination de Liu au Nobel circule en Chine.

Aujourd'hui, sa distinction met assurément une pression très forte sur les autorités chinoises alors même que des dissensions de plus en plus patentes apparaissent au sein de l'appareil. Depuis le mois d'avril, le Premier ministre Wen Jiabao, qui doit en principe passer encore deux ans au pouvoir avant de prendre sa retraite, a multiplié les appels à la réforme politique, considérant que si elle n'avait pas lieu rapidement, les fruits de la réforme économique de la Chine pourraient être mis en question. Mais ses propos ont été censurés à plusieurs reprises, le président Hu Jintao s'étant prononcé en août pour le développement d'un État de droit, mais à un rythme modéré, privilégiant une évolution "socialiste" qui diffère du modèle démocratique occidental. La majorité des autorités chinoises craignent de provoquer une instabilité dans le pays à l'heure où un mécontentement social pour une meilleure redistribution des fruits de la croissance paraît de plus en plus perceptible.

Mercredi, le Premier ministre a, une nouvelle fois, donné l'alerte dans une interview donnée à CNN. Mais les passages concernant la nécessité d'une réforme politique ont été coupés dans les versions chinoises. Cette "affaire" Liu Xiaobo arrive donc à un moment particulièrement délicat pour le régime chinois qui doit se réunir en plénum à partir du 15 octobre pour organiser la grande transition politique de 2012 devant en principe amener au pouvoir une nouvelle génération politique.

"Mon monde, c’est cette petite prison"

"Mon monde, c’est cette petite prison"

 

TEMOIGNAGE - Florence Cassez a raconté son quotidien dans sa cellule au Mexique à Europe 1.

Elle a maintenant ses habitudes. Près de cinq ans après son arrestation, Florence Cassez "s'habitue" à vivre en prison. La jeune femme s'est confié à Damien Gourlet. Journaliste pour Europe 1, il a rencontré la jeune Française au Mexique. Elle lui a raconté ce qu'elle vit au quotidien dans la petite prison où elle est incarcérée auprès de 200 à 300 autres femmes, à Mexico.

"J’étais un animal en cage"

"Les deux premières années, j’étais un animal en cage. Je tournais en rond dans ma cellule, une cellule qui est petite quand on est habitué à être hyper active, comme je l’étais", explique-t-elle. "Le fait d’être enfermée, on en arrive à oublier qu’il y a une vie dehors et qu’il y a du monde dehors", confie la Française.

Florence Cassez occupe la cellule numéro 9 aux barreaux bleus depuis 1.765 jours. Elle y est seule et c’est un privilège dans cette prison. Depuis son arrivée, elle s’y est fait des amies : une Mexicaine, une Vénézuélienne et une Colombienne. Toutes les quatre, elles font du sport. Et sa vie est rythmée par les visites quatre fois par semaine, jours où enfants et papas investissent alors la cour de l’établissement pénitentiaire.

"Aujourd’hui, c’est du conditionnement" :

"On s’habitue à ce que notre univers, notre monde ce soit cette petite prison. Ce n’est pas grand-chose : ma cellule, le couloir central du dortoir, les douches, la petite cuisine où on peut faire un peu de popotes, et puis la salle de visite et un petit endroit dans le jardin. Mon monde depuis cinq ans, c’est ça", décrie-t-elle avant d’ajouter : "Et oui, malheureusement, on s’habitue".

La drogue, les menaces : sa vie de tous les jours

Mais ce que Florence Cassez ne raconte pas, c’est le calvaire qu’elle vit tous les jours. Incarcérée pour enlèvement - le pire crime qui soit au Mexique -, elle a reçu de nombreuses tentatives d’intimidation depuis son incarcération. Quant à la drogue, des trafics sont organisés en plein jour au sein même de la prison, dans la cour, par des détenues tatouées, celles des gangs. Et la nuit, les captives droguées hurlent de manque.

Une vie quotidienne difficile à vivre au jour le jour, mais que Florence Cassez s’efforce de ne pas montrer. La jeune femme est bien dans sa tête et rencontre régulièrement une psychologue. Il s’agit de Djamila, une Française installée à Mexico.

"Je l’ai ramassée à la petite cuiller" :

Florence Cassez est devenue "méfiante", témoigne Djamila, particulièrement à l’encontre du système mexicain. La jeune Française a, par exemple, refusé une prise de sang de peur que l’on ne retrouve des traces de son sang sur une scène de crime par exemple.

Florence Cassez est dans l’attente

Aujourd’hui, "elle attend", explique Djamila. Florence Cassez est supposée passer quasiment 60 ans en prison. Condamnée pour "enlèvement", elle a toujours clamé son innocence. Elle a déposé un recours en cassation. Et à ce sujet, elle se veut prudente et s'attend à tout. Si la décision est négative, il restera un dernier recours : les tribunaux internationaux. Mais ce sera très long. La réponse tombera dans les prochaines semaines.


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